"Agir au service de la paix" : la mission de la Fondation Chirac

N° 28 - Juin 2008

"Agir au service de la paix" : tel est l’objectif de la Fondation pour le développement durable et le dialogue des cultures et des civilisations que vient de créer l’ancien président de la République française Jacques Chirac. Le lancement de cette fondation, entièrement privée et déclarée d’utilité publique, a donné lieu le 9 juin 2008 à un impressionnant rassemblement de prestigieuses personnalités internationales venues lui offrir leur parrainage. Quatre domaines d’intervention prioritaires sont prévus dans l’immédiat pour la Fondation Chirac : l’accès aux médicaments de qualité, l’accès à l’eau, la lutte contre la déforestation et la désertification et le sauvetage des langues et des cultures menacées d’extinction.

Le lieu de lancement fut symbolique : c’est au cœur du musée du Quai Branly à Paris, voué aux arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, que cette Fondation est officiellement née.

Le comité d’honneur qui accompagnait Jacques Chirac pour cette cérémonie inaugurale : un aréopage de 19 "grands" de ce monde dont l’ancien Secrétaire Général de l’organisation des Nations Unies, Kofi Annan, les anciens présidents de la République du Mozambique, Joaquim Chissano et du Sénégal, Abdou Diouf, actuel Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie, l’ancien ministre des Affaires étrangères polonais Bronislaw Geremek, l’ancien Directeur Général de l’UNESCO Federico Mayor, le poète et romancier François Cheng, membre de l’Académie française, le Directeur de la Bibliothèque d’Alexandrie Ismail Serageldin et pas moins de trois Prix Nobel de la Paix dont la Guatémaltèque Rigoberta Menchu Tum, qui fut à 33 ans la plus jeune lauréate de ce Prix.
C’est la diversité culturelle que l’ancien président a choisie comme thème principal de son chaleureux plaidoyer inaugural : "Au moment où s’impose la nécessité de repenser la notion de progrès pour réconcilier l’homme et son environnement, il faut remettre la culture, la diversité des cultures, au coeur même du projet de l’humanité (...) Ma conviction est que chaque peuple a un message singulier à délivrer au monde. Chaque peuple peut enrichir l’humanité en apportant sa part de beauté, de création, de vérité".

Un propos largement illustré l’après-midi même par la toute première manifestation organisée sous l’égide de la Fondation : le programme "Sorosoro", ou comment sauver les langues du monde. Sorosoro est un mot araki qui signifie "’souffle, parole, langue". Et qu’est-ce que l’araki ? Une langue qui n’est plus parlée aujourd’hui que par 8 personnes au Vanuatu, un petit Etat du Pacifique où l’on trouve la plus grande densité de langues au monde (109 langues pour 200.000 habitants !)...Et les chiffres sont désolants : il existe environ 6000 langues parlées sur la Terre, et selon l’Unesco une langue meurt en moyenne tous les quinze jours. Plus de la moitié des langues pourraient ainsi disparaître au cours de ce siècle. 90 % des langues sont parlées par 10 % de la population mondiale, 90 % des pages Internet sont rédigées en seulement 12 langues, et 500 langues sont parlées par moins de 100 locuteurs.

Or, la mort d’une langue signe la perte de connaissances traditionnelles qui ne se transmettent qu’oralement (un patrimoine irremplaçable) et porte atteinte à la diversité culturelle, inséparable de la diversité biologique. On a ainsi appris parmi les curiosités de ce programme qu’au Gabon, un pays riche linguistiquement avec une cinquantaine de langues et qui possède une faune et une flore exceptionnelles, 7000 noms d’animaux et des milliers de noms de plantes propres à la région ont été répertoriés dans des langues menacées, alors que la science occidentale ne connaît pas toute cette diversité biologique. Pour "sauver les langues du monde", Sorosoro soutient les recherches visant à utiliser les technologies de l’ère numérique, sous la forme notamment d’une Encyclopédie Numérique des Langues , base de données qui sera pérennisée pour les générations futures, et d’une Télé des Langues sur Internet.

Autre projet auquel la Fondation Chirac apportera son soutien : l’extension du Laboratoire national de contrôle de la qualité des médicaments du Bénin, "parce que l’accès aux médicaments est à la fois un problème moral et un problème de sécurité", a souligné Jacques Chirac, alors que la contrefaçon est un fléau pour la santé publique en Afrique.

La Fondation soutiendra également, au Sénégal et au Mali frappés par la sécheresse ou les inondations, un plan de renforcement des capacités pour un accès durable à l’eau potable et à son assainissement en milieu rural, parce que "sans une eau accessible, en quantité et qualité suffisantes, il n’y a ni vie, ni santé, ni agriculture, ni nourriture". Aujourd’hui dans le monde 1,1 milliard de personnes boivent de l’eau insalubre, 1,8 million d’enfants meurent chaque année de maladies transmises par l’eau et 2,6 milliards de personnes manquent d’installations sanitaires de base.

"Parmi les enjeux qui nous concernent tous", ont souligné les membres du comité d’honneur de la Fondation, "la déforestation et la désertification s’expliquent largement par l’extension désordonnée des surfaces cultivées alors que la population mondiale continue de croître inexorablement. Elles sont aussi l’une causes majeures du changement climatique, dont les conséquences en termes de sécurité ne font plus de doute". Pour freiner la désertification tropicale, responsable d’environ 20% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, un "Centre d’excellence sociale" pour la gestion durable des forêts du Bassin du Congo en Afrique centrale va être créé avec le soutien de la Fondation, à l’exemple d’une expérience réussie en République du Congo. 800 millions de personnes environ dépendent de la forêt tropicale pour leur survie. Outil original pour faciliter les échanges entre les différents acteurs impliqués dans cette gestion, une radio communautaire va être créée, gérée et animée par les populations pygmées de la région, semi-nomades et non lettrées. Elle s’appellera "Biso na Biso" ("Entre Nous"). Une jolie formule pour permettre à ces peuples de culture orale de transmettre leurs traditions et de communiquer de manière régulière dans leur propre langue.

Claudine Canetti

Dernière modification : 29/04/2010

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