Des scientifiques au bout du monde !

N° 19 - juin 2010

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base franco-italienne Concordia 75° 06’ S - 123° 20’ E - 3233 m d’altitude © Katell PIERRE / Ipev

Bien loin de la Métropole, isolées et glacées, les îles françaises australes et de l’Antarctique n’en restent pas moins un paradis pour les chercheurs. Des bateaux remarquables, comme le Marion Dufresne ou l’Astrolabe, les relient au reste du monde. S’y rendre représente une véritable expédition ; y séjourner constitue une aventure sans équivalent. Peu connues, ces îles du bout du monde font cependant partie du territoire français : elles composent le Territoire des Terres Australes et Antarctiques Françaises (TAAF).

Au sud de la Réunion, les îles australes forment trois archipels : Crozet, Amsterdam et Saint-Paul, et Kerguelen. Un bateau hors du commun assure leur ravitaillement. Le Marion Dufresne est le plus grand navire océanique du monde. A la fois paquebot, cargo et pétrolier, il transporte aussi bien le personnel des bases et les visiteurs que des containers. Il achemine également le carburant permettant notamment d’assurer l’alimentation énergétique des stations permanentes. Il dispose aussi d’un hélicoptère et de laboratoires de recherche, répartis sur une surface de près de 650 m2.

Sur les îles du TAAF, les scientifiques conduisent des recherches capitales sur la biodiversité, la climatologie et la météorologie. « Ces îles sont très petites mais abritent d’énormes population d’oiseaux. Or l’évolution de la faune reflète l’évolution des ressources biologiques et l’état de l’océan en fonction des changements climatiques », souligne Alain Lesquer, à L’Institut Paul Emile Victor.

Crozet, par exemple, est un paradis pour les oiseaux de mer qui viennent s’y reproduire, et pour les ornithologues qui viennent les observer. « Oiseaux et animaux marins sont équipés de capteurs, des balises sont installées au fond des mers, permettant de prendre des mesures en continu là où les bateaux ne peuvent pas se rendre. Et en ce qui concerne l’atmosphère, ces régions éloignées de toute pollution constituent un point zéro à partir duquel on peut mesurer l’évolution du taux de CO2, comme le fait la station d’Amsterdam », ajoute Alain Lesquer.

Saint-Paul possède des colonies de gorfous et d’otaries. Au cœur de l’archipel, l’île de la Possession vient pour sa part de recevoir quatre chercheurs nantais qui, après leur voyage à bord du Marion Dufresne, ont entrepris de collecter des échantillons de roches afin, explique Antoine Bézos, du laboratoire de planétologie et de géodynamique de Nantes, « de voir la fréquence des éruptions au cours du temps et de montrer ainsi s’il existe, ce qui est notre hypothèse de départ, une corrélation entre un climat plus chaud et une activité volcanique accrue ». Une seconde mission est programmée pour 2013 sur les autres îles de l’archipel.

Les visiteurs temporaires sont accueillis dans les bases permanentes établies sur place. Sur les terres australes, la plus ancienne est Marin de Vivies, sur l’île d’Amsterdam : 54 km2 de volcans et d’impressionnantes falaises. La base de Port-aux-Français est quant à elle implantée depuis 1950 dans les îles Kerguelen, au rivage découpé en baies et fjords profonds.

La gestion et l’entretien de ces stations scientifiques sont assurés par L’Institut Paul Emile Victor (IPEV), groupement d’intérêt public constitué de neuf organismes publics ou parapublics, dont les plus importants sont le ministère délégué à la Recherche et aux Nouvelles technologies, le ministère des Affaires étrangères et européennes et le Centre national de la Recherche scientifique. C’est aussi l’IPEV qui sélectionne les projets, organise les expéditions et recrute environ 70 personnes par an. Il mène en outre des programmes océanographiques à bord du Marion Dufresne.

De L’Institut dépendent également les stations établies sur les îles de l’Antarctique qui accueillent, elles aussi, un grand nombre d’oiseaux en général et de manchots en particulier. La seule grande région froide du globe qui soit encore proche de son état d’origine présente un patrimoine biologique presque intact dont la France s’attache à y préserver la diversité.

C’est l’Astrolabe, un autre navire exceptionnel, qui assure les liaisons avec l’Antarctique, cinq fois par an. Entre blizzard et banquise, la Terre Adélie, particulièrement inhospitalière, accueille la base Dumont-d’Urville, sur l’île des Pétrels, où vit en permanence une trentaine de personnes. On mène ici, entre autres, des études sur les prédateurs marins et les poissons.

Plus récemment a été installée la base Concordia. Décidée par la France et l’Italie en 1993, cette station qui a vocation à devenir européenne doit permettre à la communauté scientifique internationale de réaliser des programmes de recherche et d’observation uniques dans de nombreux domaines, notamment sur la haute atmosphère, le réchauffement climatique et la couche d’ozone. Le premier hivernage d’une équipe franco-italienne a eu lieu en 2005.

La présence française dans ces territoires et les expériences qui sont conduites dans des domaines déterminants pour l’avenir de la planète, assurent à la France une place prédominante dans le monde scientifique des régions sub-antarctique et antarctique.

Sylvie Thomas

Dernière modification : 28/06/2010

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