Fort Boyard, un succès qui s’exporte…

N° 36 – septembre 2008

Situé en Charente Maritime, Fort Boyard est un imposant vaisseau de pierre perdu au large des côtes atlantiques entre l’île d’Aix et l’Ile d’Oléron, au cœur du pertuis d’Antioche. Mais ce n’est pas seulement un haut lieu prisé des touristes amoureux d’histoire, des croisières en mer et des baptêmes de l’air en hélicoptère. Fort Boyard est aussi une vedette architecturale qui s’exporte ! Le Fort poursuit en effet une carrière médiatique internationale qui ne se dément pas depuis 1989, depuis que la télévision l’a élevé au rang de monument d’un programme culte de divertissement, aujourd’hui diffusée dans 27 pays !

Quelle histoire ! Un imposant bâtiment fait de granit et de pierre calcaire, mesurant 68 mètres de long, 31 mètres de large et 20 mètres de hauteur, dressé comme un navire de guerre et muni d’un total de 74 sabords, sur toutes ses faces, avec à l’origine un canon derrière chaque sabord. Le Fort Boyard impressionne, forcément, même si depuis 1925 il a perdu ses armes, vendues à des ferrailleurs.

Imaginé sous Louis XIV par l’architecte militaire Vauban, le projet est grandiose ! Mais à l’époque, il s’avère vite impossible à réaliser. Proposé à nouveau au début du 19e siècle à Napoléon, les travaux commencent puis s’arrêtent quelques années plus tard. Le regain des tensions entre Français et Britanniques et les nouvelles techniques de construction remettent le projet à l’ordre du jour sous le règne de Louis-Philippe. La construction du socle s’achève finalement en 1848. Quant à celle du fort, elle ne prendra pas moins de dix ans. Il peut abriter, pendant deux mois, plus de 250 hommes d’armes auxquels s’ajoutent les commis d’intendance, 300m3 de réserves d’eau, des magasins à poudres et des soutes à munitions… De quoi résister à une flotte entière, protéger l’estuaire de la Charente, la ville de Rochefort et faire face aux navires anglais !

Mais à peine l’ouvrage terminé, en 1857, avec l’apparition des canons à longue portée installés sur le continent et l’île d’Oléron, on ne sait déjà plus quoi faire de ce monstre de pierre. On en fait successivement une prison pour les Autrichiens et les Prussiens ; les insurgés de la Commune, en 1871, y attendent leur déportation vers la Nouvelle Calédonie ; il servira même de cible aux soldats allemands qui s’exercent au tir pendant la Seconde Guerre mondiale. Triste sort pour cet édifice aux glorieuses perspectives, que d’être abandonné en pleine mer, livré aux tempêtes et aux pillages, avec pour tous locataires les oiseaux de toutes plumes qui laissent sur leur passage des tonnes de guano….

La France tente de lui redonner quelques allures de grandeur en le faisant entrer, en 1950, dans l’inventaire des Monuments historiques. Hélas ! le Fort demeure inexploité et le projet fou d’un dentiste, qui l’achète aux enchères à l’Etat en 1962, espérant en faire un hôtel de luxe, restera sans suite… Il faudra attendre 1989 et un autre projet fou, celui d’un producteur de jeux télévisés, pour que le Fort Boyard ressurgisse de l’oubli…

Fort Boyard sauvé par la télé

La carrière télévisuelle de Fort Boyard commence en réalité dans les années 1980. Le fort à l’abandon devient le décor d’un jour dans une des émissions du programme à énigmes et à succès de La chasse aux trésors… Son producteur, Jacques Antoine, va s’en souvenir lorsqu’il cherche, en 1989, quelque chose de nouveau pour un futur jeu d’aventures. Sans doute se souvient-il aussi du film de Roger Vadim sorti en 1962, Le repos du guerrier (1), avec Brigitte Bardot et Robert Hossein, dans lequel le Fort Boyard fait une apparition. Ou du film de Robert Enrico, en 1966, Les Aventuriers, dans lequel le fort surgit dans la grande scène finale aux côtés des acteurs Alain Delon, Lino Ventura et Serge Reggiani.

La success story écrit alors ses premiers chapitres… Le producteur Jacques Antoine achète le fort pour un million et demi de francs avant de le céder au Département de la Charente Maritime pour un franc symbolique. Résultat : le Département français effectue les travaux de rénovation et l’exclusivité de l’exploitation du lieu est ainsi attribuée à JAC, la société de production de Jacques Antoine, devenu depuis Adventure Line Productions (ALP). Un partenariat inchangé depuis lors. Locataire, la société de production qui réalise avec l’émission un tiers de son chiffre d’affaires (20 millions d’euros) verse au Département une redevance annuelle proportionnelle à l’exploitation des droits dérivés.

Une émission qui s’exporte

La suite ? C’est la brillante carrière de Fort Boyard en France et à l’international… Le jeu, diffusé sur la principale chaîne publique française « France 2 », qui entamera sa 20e année en 2009, tourne en moyenne une dizaine d’émissions par an sur le site, avec chaque année de nouvelles épreuves. Depuis 1990, 233 émissions de Fort Boyard ont été enregistrées, avec 120 personnes sur le fort lors des tournages, pas moins de 35 corps de métiers différents, y compris des professionnels animaliers et un arsenal de 20 caméras. Une réussite audiovisuelle accompagnée d’une belle série de jeux vidéos, mais également des retombées médiatiques et économiques non négligeables pour le département de Charente Maritime, propriétaire du fort.

Mais le succès du célèbre jeu télévisé Fort Boyard, qui se sert admirablement des cellules du fort pour réaliser les jeux d’adresse et de force, s’étend bien au-delà des frontières. En effet, le jeu fait le tour du monde. Certains pays choisissent de diffuser le programme français dans leur langue. D’autres vont plus loin, en produisant leur propre version. Mais attention, si l’émission s’exporte à l’international, le site reste unique au monde. C’est ainsi que les côtes charentaises accueillent chaque année les équipes des télévisions étrangères, avec leurs animateurs et leurs candidats. Récemment, ce fut le tour de l’Algérie pour la deuxième fois, de la Grèce pour la 5e fois, ainsi que la Bulgarie, la Serbie et la Turquie pour leur deuxième coproduction. Grande première : ce même été 2008, la Pologne est entrée dans le jeu !

Au total, ce sont 27 pays, 21 langues et près de 1.300 émissions enregistrées, avec des personnages qui endossent des patronymes différents selon les pays. Ainsi, du haut de la tour du Fort, le Père Fouras (2) se transforme en Vicomte Godefroid de Tribouriau en Belgique et en Cheikh El Khouchkhach en Algérie, s’appelle Magi en Grèce, The Professor au Royaume Uni, Skriaga Fouras en Russie, et Admiralis en Hongrie ! Il en est de même pour les autres personnages, Passe-Partout, Passe-Temps, Passe-Muraille, la Boule et Felindra… Bref, il paraît que l’on se dispute les clés du royaume… ! Et que la Chine qui avait interrompu les négociations avec les responsables de la production, pourrait bientôt les reprendre.

Le Fort Boyard, tout un arsenal !

Les candidats au jeu de Fort Boyard n’affrontent pas moins de quinze espèces d’animaux. Au total, 934 bêtes. Une ménagerie encadrée par deux professionnels animaliers. Parmi les bêtes ? Des mygales, scorpions, batraciens, crickets, blattes, serpents, rats, souris, rats de Gambie, des kilos de vers de terre, des milliers de mouches et des tigres. Evidemment, pour nourrir tout ce monde et les fauves en particulier, des palettes entières de canards, poulets et cochons sont livrées tous les trois jours par des bateaux de ravitaillement. Un service d’eau douce est même assuré, le fort disposant de sa propre centrale de désalinisation.

Pour un monument historique qui ne se visite pas, quelle réussite !

Mélina Gazsi, journaliste

(1) Film tiré du roman de Christiane Rochefort, « Le repos du guerrier », publié en 1958 aux Editions Grasset, prix de la Nouvelle Vague.

(2) Le Père Fouras, du nom de la ville située sur le continent, dans le pertuis d’Antioche.

Dernière modification : 29/04/2010

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