France Terre d’animation !

N° 16 - mai 2009

Bien souvent, le monde découvre la richesse de l’animation française au détour d’un succès. C’est le cas d’Oktapodi, court métrage réalisé par de jeunes étudiants et nommé récemment aux Oscars. En 2007, Persépolis de Marjane Satrapi et Vincent Paronnaud, présenté au festival de Cannes, y recevait le prix du jury. Ces signes extérieurs sont l’émanation d’une activité tant économique qu’artistique des plus vivaces en France.

Depuis le début des années 2000, une vingtaine de longs métrages d’animation sort chaque année sur les écrans français. Un quart d’entre deux est une production nationale. Très appréciés sur le territoire, ces films ont également beaucoup de succès à l’étranger. Ce succès est le fruit d’un travail patient des nombreuses sociétés de productions françaises spécialisées dans ce domaine. Qu’elles soient rattachées à un grand groupe ou qu’elles soient indépendantes, qu’elles produisent des films pour le cinéma ou pour la télévision, innovants ou grand public, elles sont le ciment de cette vitalité. De Folimage, fondé en 1984, à Alphanim, créé en 1997, en passant par Marathon International ou Xilam, le syndicat des sociétés de productions de films d’animation compte aujourd’hui une cinquantaine d’entreprises à son actif. Les Armateurs, présidée par Didier Brunner, vient de fêter ses quinze ans d’existence. C’est dans les studios de cette société qu’a notamment été conçu Kirikou et la sorcière. Ce long métrage réalisé par Michel Ocelot en 1998 a véritablement donné un nouveau souffle à l’animation française.

Alors que l’animation japonaise triomphait avec des films comme Ghost in the Shell (1995) et qu’un de ses plus importants représentants, Hayao Miyazaki, commençait seulement à trouver un public hors de ses frontières, l’inventivité hexagonale a acquit petit à petit ses lettres de noblesse sur grand écran. Bénéficiant d’un effet boule de neige, le nombre de films d’animation s’est multiplié. Ainsi, en 2003, Sylvain Chomet et ses Triplettes de Belleville ont eu les honneurs du festival de Cannes. Ce sera ensuite le triomphe de Persépolis, en 2007, ou de la série d’Arthur et les Minimoys de Luc Besson qui, la même année, attirera 15,4 millions de spectateurs, français et étrangers.

La France produit également des programmes qui séduisent les responsables de télédiffusion. En 2007, leurs ventes à des diffuseurs étrangers ont généré 41,7 millions d’euros. C’est en Europe de l’Ouest (Allemagne, Italie) et en Amérique du Nord (Canada) que les images françaises s’exportent le mieux.

Un tel dynamisme est également dû à la vitalité du savoir-faire des nombreux artisans français. Le secteur emploie près de 2.500 personnes. Alors que certains producteurs étrangers délocalisent une partie de la production pour bénéficier d’une main d’œuvre moins chère, les films français sont souvent entièrement réalisés dans l’hexagone afin de trouver davantage d’homogénéité et de maîtrise dans les processus de création.

La reconnaissance de l’excellence de la formation des écoles françaises est à mettre au crédit d’une telle vitalité. L’une des plus connue est Gobelins, l’Ecole de l’image. Située à Paris, cet établissement se distingue régulièrement au niveau international grâce aux films réalisés par ses élèves en dernière année d’étude. Nombre d’entre eux ont été sélectionnés dans les plus grands festivals avant que ne sorte Oktapodi, réalisé en 2007 par six étudiants et récemment nommé à l’Oscar du meilleur court métrage d’animation. Il en va de même pour les deux pôles image que sont La Poudrière, située à Valence, dans le Sud de la France, ou l’Ecole des métiers du cinéma d’animation basée dans l’Ouest, à Angoulême, capitale française de l’image dessinée. Les étudiants diplômés de ces écoles séduisent les plus grands studios. Souhaitant bénéficier de leur talent, le célèbre studio américain Walt Disney a ouvert un studio en France, de 1994 à 2003, préférant par la suite débaucher les meilleurs et les envoyer aux Etats-Unis. DreamWorks a fait de même : on comptait pas moins de quatre Français dans l’équipe de réalisation de Kung Fu Panda. Pixar n’a pas non plus hésité à faire appel à ce savoir-faire français pour Wall-e.

Si le talent s’exporte, il est également encouragé en France. De nombreux soutiens sont mis en place pour encourager la création. En région parisienne, l’Abbaye de Fontevraud organise ainsi une résidence à destination des cinéastes d’animation ayant un projet de réalisation d’un court ou long métrage. Dans la région Centre, le festival des scénaristes de Bourges a mis en place un atelier pour les scénaristes-animateurs.

De nombreuses manifestations, professionnelles ou grand public, organisées tout au long de l’année, assurent la promotion du film d’animation. La Fête du film d’animation se tient à l’automne, durant quinze jours, sur tout le territoire. En région parisienne, en février, le festival Image par Image propose à tous les publics de découvrir des nouvelles images animées. La France accueille également d’importantes manifestations internationales. Ainsi, depuis plus de 45 ans, le Festival d’Annecy et son Marché international du film d’animation (Mifa) est un rendez-vous auquel participent les professionnels du monde entier. Les dernières tendances mondiales y sont dévoilées, les projets en mal de financements y sont exposés, les films à la recherche d’un public trouvent un distributeur. Dernièrement, Cartoon, l’association européenne du film d’animation, qui organise également tout au long de l’année des manifestations qui encouragent la production et la coproduction européenne d’animation, a implanté un de ses rendez-vous à Lyon : le 11e Cartoon Movie, s’y est tenu début mars. Brendan et le secret de Kells, une coproduction franco-belgo-irlandaise y a été primée.

Anne-Laure Bell

Dernière modification : 28/04/2010

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