French touch et ballon rond

N°25 Juin 2008

« Que ce soit les joueurs ou les entraîneurs, on assiste à la reconnaissance de l’école française », déclarait récemment Henri Michel, ancien sélectionneur de l’équipe de France et symbole de l’école française de football.

Côté entraîneurs, des personnalités tels que Roger Lemerre, Luis Fernandez, Bruno Metsu ou Jean Tigana ont contribué à la bonne réputation du football français. En 2007, le syndicat des entraîneurs français recensait 56 membres exerçant à l’étranger., mais c’est surtout Arsène Wenger, avec un palmarès et une popularité inégalés dans son pays d’accueil, le Royaume-Uni, qui symbolise la réussite des coachs français à l’étranger. Ses succès à la tête du club londonien d’Arsenal ont eu un impact important sur les mentalités. Les managers français, ignorés, il y a vingt ans, sont désormais très convoités.

L’histoire commune d’Arsène Wenger et du club londonien d’Arsenal commence en 1996. Il est nommé manager de l’équipe après ses succès en championnat de France et du Japon. Il est alors totalement inconnu des britanniques et la presse outre-manche titre en une : « Arsène Who ? ». Il arrive avec trois joueurs français dans ses bagages et, très rapidement, Arsenal se remet de la période trouble qui avait précédé l’arrivée du Français. Au fil des succès et des nouvelles arrivées de joueurs français, on commence a parler « de french connection ». Il entraîne des joueurs comme Vieira, Petit, Henry ou Anelka et beaucoup considère que c’est grâce à lui qu’ils sont devenus des joueurs de classe internationale. Aujourd’hui encore, il recrute des jeunes espoirs dans les centres de formation en France, attirant ainsi les regards de la presse spécialisée.

Au fil des succès, il a créé un lien incroyablement fort avec les fans d’Arsenal. Il est l’homme des records : en douze ans, le club signe deux fois un doublé coupe-championnat, joue pour la première fois de son histoire une finale de ligue des champions, termine la saison 2003-2004 sans aucune défaite en championnat (un exploit qu’un seul club avait réussi, en 1889, au tout début de ce sport) et porte le record d’invincibilité du championnat anglais à 49 matchs consécutifs. Il est, au demeurant, le premier entraîneur étranger à remporter le championnat anglais, en 1998.

Après l’exemple de Wenger, le pionnier, les propositions s’enchaînent pour les coachs de l’hexagone, en particulier pour des équipes nationales africaines. Roger Lemerre, vainqueur de l’euro 2000 en tant qu’entraîneur de l’équipe de France, prend en charge l’équipe nationale tunisienne, en 2002, et la mène à leur première victoire en coupe d’Afrique des nations. Il officie toujours chez les « Aigles de Carthage ».

Les exemples d’Henri Michel, qui accompagne la Côte d’Ivoire à sa première Coupe du monde en 2006, ou de Bruno Metsu, qui fait de même avec le Sénégal, en 2002, sont également représentatifs du succès de l’encadrement français du football à l’étranger.

Il arrive également à des Français d’être perçus comme les sauveurs, comme les hommes de la dernière chance. Ainsi, Luis Fernandez, compagnon de jeu du grand Platini, a sauvé deux clubs espagnols d’une relégation quasi-inévitable : l’Espanyol Barcelone en 2004, et le Betis Seville en 2007. Didier Deschamps est, quant à lui, appelé à la rescousse par le prestigieux club de la Juventus de Turin, en 2006, afin qu’il retrouve sa place en première division. L’ancien capitaine des bleus gagne son pari et la « vieille dame » termine première de la deuxième division, obtenant son sésame pour retrouver l’élite. Deschamps était le premier entraîneur étranger du club depuis plus de trente ans.

Les joueurs ont eux aussi une très bonne réputation en Europe, et ce depuis longtemps. Le premier fut le mythique Raymond Kopa. Il commence réellement sa carrière à Reims dans les années 50. Il est rapidement repéré et recruté par un des plus grands clubs européens, le Real Madrid, avec lequel il excelle. Il est le seul Français à avoir participé a six finales de coupe européenne (dont cinq remportées).

Depuis, de nombreux joueurs français ont évolué dans les plus grands clubs européens. A commencer par Michel Platini, souvent évoqué comme l’un des plus grands joueurs de football de tous les temps. Après trois années passées au sein du club de Saint-Etienne, il est recruté par la Juventus de Turin en 1982. Il est élu meilleur joueur européen trois fois, de 1983 à 1985, et remporte de nombreux titres avec la « vieille dame ». Cette dernière a accueilli, plus récemment, un autre joueur français, lui aussi considéré comme l’un des meilleurs footballeurs de tous les temps, Zinedine Zidane. Après ses émouvantes aventures bordelaises, il rejoint Turin en 1997. C’est là qu’il explose au niveau international, avant de rejoindre le Real de Madrid, à l‘occasion du plus gros transfert de l‘histoire du football (77 millions d‘euros). Le Real remporte sa neuvième ligue des champions en 2002, et de nombreux spécialistes s’accordent à dire que Zidane est l’artisan principal de cette victoire.

De nombreux autres joueurs français évoluent ou ont évolué à l’étranger. Thierry Henry, et la plupart des vainqueurs de la coupe du monde 1998 ont marqué l’histoire de nombreux clubs italiens, espagnols ou anglais. Aujourd’hui encore, la plupart des footballeurs français de premier rang jouent dans toute l’Europe. C’est le cas de Frank Ribéry qui a intégré le Bayern de Munich en 2007 et dont ses débuts exceptionnels lui attirent les faveurs du public et de la presse allemande. Franck Beckenbauer, légende du football allemand déclare à son sujet : « Quand nous l’avons engagé, c’est comme si nous avions gagné au loto ».

Ainsi se décline la « french touch » dans le football international, et de bien des manières encore. Des noms aussi prestigieux que Jean Tigana, Gérard Houiller ou encore Alain Giresse résonnent dans nombre de vestiaires du monde entier, de l’Europe à l’Afrique, de l’Asie aux Amériques. N’oublions pas les jeunes joueurs issus des centres de formations français mythiques, comme Nantes, Reims ou Auxerre qui ont encore de beaux jours devant eux, en équipe de France et dans les grands clubs européens.

Romain Zamora

Dernière modification : 29/04/2010

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