L’Union européenne : une histoire qui transcendent les siècles et les frontières

N° 21 – 9 mai 2008

La Journée de l’Europe sera célébrée, le 9 mai 2008, dans tous les Etats membres de l’Union européenne. Elle est, chaque année, l’occasion de manifestations, d’activités et de festivités pour rapprocher l’Europe de ses citoyens et ses peuples entre eux. Elle est aussi l’occasion de rendre hommage à ceux qui ont contribué à l’émergence de l’unité européenne. On compte de nombreux Français et Francophones parmi ces femmes et ces hommes.

La Journée de l’Europe est célébrée le 9 mai en souvenir de la déclaration du ministre français des Affaires étrangères, Robert Schuman, considéré comme l’un des pères fondateurs de l’Europe. Mais, déjà, à travers certaines de ses déclarations prophétiques, Victor Hugo, l’écrivain romantique, poète et visionnaire universaliste, peut être considéré comme l’un des parrains de l’Europe d’aujourd’hui, même si Voltaire et Rousseau avant lui, et bien d’autres après lui, se sont eux aussi intéressés à la question. Car la politique, l’économie, mais également la littérature, l’art, la philosophie sont à la source même de l’identité culturelle de l’Europe. A partir du 1er juillet 2008, la France assurera la Présidence semestrielle de l’Union européenne sous le thème de « l’Europe protection ».

Le 9 mai 1950, l’Europe faisait un grand pas à l’instigation de Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, dont la déclaration, prononcée dans le salon de l’Horloge du ministère des Affaires étrangères et européennes, au Quai d’Orsay, visait à rapprocher les pays européens pour constituer une union comparable à celle des Etats-Unis et endiguer tout nouveau conflit entre nations voisines. « L’Europe ne se fera pas d’un coup, ni dans une construction d’ensemble : elle se fera par des réalisations concrètes créant d’abord une solidarité de fait », avait-il déclaré. Cette proposition, connue sous le nom de Déclaration Schuman, est considérée comme l’acte de naissance de l’Union européenne.

Le principe était de constituer une entité politique supranationale par la construction d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Le plan avait été mis au point par Jean Monnet, alors commissaire général au Plan, avec quelques grands commis de l’Etat. Pour rendre hommage à cette déclaration, le 9 mai a été déclarée journée de l’Europe. Elle a été instaurée par les chefs d’Etat ou de gouvernement, lors du Conseil européen de Milan en juin 1985, et fêtée pour la première fois en 1986.

L’idée d’une unification politique des pays du continent européen, en germe depuis le XVIIIè siècle, apparaissait plus que jamais indispensable dans l’Europe dévastée de l’Après-guerre.

Dès 1849, pourtant, l’auteur de « la Légende des siècles », des « Misérables », Victor Hugo considérait la création des Etats-Unis d’Europe comme une véritable nécessité. Ignorant les critiques de ses contemporains qui jugeaient alors cette idée absurde (la France et l’Allemagne sont jugées ennemies héréditaires et destinées à le rester) il prononça, en août 1849, un discours au Congrès de la Paix, constituant l’une des fondations de la pensée européenne : « Un jour viendra où vous la France, vous Russie, vous Italie, vous Angleterre, vous Allemagne, vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité, vous vous fondrez étroitement dans une unité supérieure, et vous constituerez la fraternité européenne (…). Un jour viendra où l’on verra ces deux groupes immenses, les Etats-Unis d’Amérique, les Etats-Unis d’Europe, placés l’un en face de l’autre, se tendant la main par-dessus les mers, échangeant leurs produits, leur commerce, leur industrie, leurs arts, leurs génies… ».

Il faudra attendre la deuxième moitié du XXè siècle pour voir cette idée reprise et admise. Le Suisse francophone, Denis de Rougemont devient un pionnier de la pensée européenne et dessine déjà les contours de la future Union européenne en déclarant dans son Message aux Européens, au terme du Congrès de la Haye, en mai 1948, « jamais l’histoire du monde n’aura connu un si puissant rassemblement d’hommes libres. Jamais la guerre, la peur et la misère n’auront été mises en échec par un si formidable adversaire ». Il appelle entre autre à l’élimination des restrictions, à l’échange des marchandises, à la convertibilité des monnaies, à la coordination des politiques économiques, à la création d’une cour suprême, à la mise en place d’une assemblée européenne élue au suffrage universel.

Comme une prophétie, cette assemblée commune sera mise en place en 1952. Elle prend le nom de Parlement européen en 1962 et, en 1979 ses députés sont élus directement par le peuple. Le Parlement devient une nouvelle tribune dans la construction de l’Europe, accueillant à son plus haut rang une femme, Simone Veil. Elle a défendu - et continue de le faire- avec énergie l’idée de cette Europe « qui a surmonté la haine et la barbarie pour s’engager dans la voie de la démocratie et de la solidarité entre les peuples qui la composent ».

Aujourd’hui, la quiddité transcendante de l’Union européenne laisse place à une structure supranationale hybride empreinte à la fois de fédéralisme et d’inter-gouvernementalisme marquée par le creuset de la diversité, de l’unité et de l’universalisme culturel. En pensant l’Europe, en la dessinant, ces hommes et ces femmes ont conduit à l’émergence d’une culture européenne qu’il convient de respecter et de transmettre aux générations à venir. Elle acquiert une dimension intemporelle, immuable, universelle, transcendant les siècles comme les frontières.

Annik Bianchini

Dernière modification : 29/04/2010

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