L’œuvre de Vauban et les lagons calédoniens inscrits à l’Unesco

N° 31 – juillet 2008

L’œuvre de Vauban, illustre architecte du roi Soleil, Louis XIV, qui a révolutionné les doctrines militaires au-delà de la « ceinture de citadelles » française, et les lagons de Nouvelle-Calédonie, lovés dans l’océan Pacifique à quelques degrés au nord du Tropique du Capricorne, viennent d’être inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l’Humanité de l’UNESCO lors de la 32ème session de son Comité du patrimoine mondial qui s’est tenue du 2 au 10 juillet 2008, à Québec. Les deux projets, présentés par la France, le premier en tant que « bien culturel » et le second en tant que « bien naturel », valent reconnaissance internationale de l’exceptionnalité de leurs sites, de leur état de conservation et de leur représentativité.

Les deux dossiers de propositions d’inscription au patrimoine mondial de l’Humanité déposés par la France ont été adoptés par l’Unesco, l’organisme des Nations unies pour l’Education, la Science et la Culture : l’œuvre de Sébastien de Presle, maquis de Vauban, génial bâtisseur, passé maître ès fortifications, et les lagons de Nouvelle-Calédonie, un archipel d’Océanie situé en Mélanésie, collectivité sui generis rattachée à la France. Chaque année, un pays peut présenter un « bien culturel » et un « bien naturel ». Au total 27 nouveaux sites ont été inscrits, 19 en tant que « biens culturels », parmi lesquels les premiers appartements modernes de Berlin, en Allemagne, conçus au début du 20ème siècle par les avant-gardistes Bruno Taut, Walter Gropius, Martin Wagner et Hans Scharoun, ou encore les forêts sacrées de Kaya des Mijikenda au Kenya, recelant les vestiges de nombreux villages fortifiés, les Kayas, du peuple Mijikenda ; et 8 en tant que « biens naturels » dont la réserve de biosphère du papillon monarque, située à 100 km au nord-ouest de la ville de Mexico, ou l’archipel de Socotra au sud-est du Yémen, Atlantide de la flore et de l’écosystème marin.

La France compte désormais 32 sites culturels et naturels parmi les 878 inscrits. Rappelons que l’inscription sur la liste du patrimoine mondial est décidée, chaque année, par le Comité du patrimoine mondial, constitué de 21 signataires de la Convention du patrimoine mondial.
Vauban, héraut universel

Le choix de l’œuvre de Vauban était intervenu en 2007, l’année de la célébration du tricentenaire de la mort de l’illustre maréchal de France, ingénieur et architecte, personnalité complexe, au génie multiple et universel qui fut aussi l’un des précurseurs de l’esprit des Lumières et des Encyclopédistes. Les sites retenus l’ont été en fonction de leur pureté architecturale et de leur diversité afin d’éviter la redondance et de satisfaire aux critères extrêmement rigoureux de l’Unesco. « Des sites exceptionnels », fait valoir Jean-Louis Fousseret, maire du Grand Besançon et président de l’Association des sites majeurs de Vauban, « ils vont de Mont-Dauphin, dans le département des Hautes-Alpes (100 habitants) à Besançon, dans le département du Doubs (180 000 habitants) ; en passant par Longwy, dans le département de la Meurthe-et-Moselle, Saint-Martin-de-Ré, dans le département des Charentes-Maritimes, Camaret-sur-mer, dans le département du Finistère, Mont-Louis, dans le département des Pyrénées-Orientales… ».

Chef-d’œuvre de Vauban, la Citadelle de Besançon fut construite entre 1668 et 1711 et s’étend, sur 11 hectares, sur un site dont l’importance stratégique est évoquée dès l’an 58 avant JC par Jules César. Enserrée dans une magnifique boucle formée par un méandre du Doubs, cette forteresse remarquablement restaurée surplombe la vieille ville de plus de 100 mètres et offre une vue grandiose sur Besançon et ses environs, haut lieu du tourisme franc-comtois. Inscrire ces sites au patrimoine de l’Humanité, c’est aussi, pour Jean-Louis Fousseret, réparer une « certaine forme d’injustice » car le génie créateur et universel de Vauban dépasse le cadre du territoire national. En effet, le Traité d’attaque des places de Vauban (1704), traduit en plus de vingt langues, dont le russe et le turc, a inspiré des constructions de forteresses militaires non seulement en Europe mais aussi en Russie, en Afrique, au Vietnam ou au Japon. Certaines d’entre-elles sont au demeurant reconnues au patrimoine mondial de l’Unesco, comme le site de Luxembourg ou celui de Québec.

« Le Comité mondial de l’Unesco a souligné le caractère international de l’œuvre de Vauban », indique Jean-Louis Fousseret dans un communiqué, en ajoutant que « le Maroc et Madagascar ont par exemple souhaité que notre réseau s’étende hors des frontières de l’hexagone, dans les années à venir, afin d’ajouter aux fortifications construites par Vauban, celles qu’il a inspirées »

Tout au long de l’année, des manifestations sont prévues avec des colloques, des spectacles son et lumière, des concerts, des représentations théâtrales… « Le prestigieux label « Unesco » est un outil de promotion touristique et économique indiscutable », observe Alain Monferrand, président de l’association Vauban.

L’exceptionnalité de la biodiversité néo-calédonienne saluée

Le dossier « Nouvelle Calédonie : diversité et écosystèmes associés » a été adopté, pour sa part, dans le cadre du classement « biens naturels » : six magnifiques sites couvrant une surface de 15 000 km2, soit 60 % du lagon, dont 1 600 km de barrière corallienne continue, la deuxième du monde après celle de l’Australie et 800 km2 de récifs ont été choisis. Cette inscription sur la prestigieuse liste du patrimoine mondial de l’Unesco constitue une première pour un Territoire français d’Outre-mer. Situé dans l’océan Pacifique, à 1 500 km de l’Australie et à 2 000 km au nord de la Nouvelle-Zélande, la Nouvelle-Calédonie est à 20 000 km de distance de la France.

Le ministre d’Etat français, ministre de l’Ecologie, de l’Energie, du Développement durable et de l’Aménagement du territoire, Jean-Louis Borloo, s’est réjoui de cette inscription au patrimoine mondial de l’Humanité. « En cette année internationale des océans, un nouveau pas a été franchi vers l’objectif fixé, dans le cadre du projet de loi Grenelle Environnement, de placer 2 % du territoire sous protection forte d’ici dix ans », a-t-il déclaré dans un communiqué. « Cette inscription devrait favoriser l’essor d’un tourisme durable et respectueux des sites, notamment la plongée sous-marine, et une gestion adaptée des ressources du lagon ».

Quelles étaient les conditions de l’inscription ? « Etre éloignés des sources d’impacts existantes, notamment des activités minières, présenter un caractère exceptionnel et être en bon état de conservation, faire l’objet de mesures de gestion et de suivi », rappelle-t-on à la Maison de la Nouvelle-Calédonie à Paris. Le caractère exceptionnel des sites a été mis en évidence par la diversité des poissons, les espèces remarquables (baleines à bosse, oiseaux marins, nautiles, dugongs, tortues…), les mangroves, herbiers et algueraies, la diversité des invertébrés benthiques (coquillages, bénitiers…), les éléments physiques (courantologie, géologie, géomorphologie…). Selon les connaissances actuelles sur la biodiversité marine en Nouvelle-Calédonie, le nombre d’espèces est estimé à 15 000. On considère également que sur les 900 espèces de coraux répertoriées dans le monde, 700 sont représentées en Nouvelle-Calédonie.

Le label international ne constitue en aucun cas une mise en réserve. Il sera donc possible de continuer à pêcher, en respectant bien sûr la réglementation en vigueur, et à profiter des nombreux plaisirs offerts par les lagons : la nature luxuriante, la douceur de vivre...

Le label de patrimoine mondial de l’Humanité représente une prestigieuse récompense pour la France qui conduit avec constance et détermination une politique de mise en valeur et de préservation de son patrimoine.

Annik Bianchini

Sites Internet

www.sites-vauban.org : Réseau des sites majeurs de Vauban.
www.vauban.asso.fr : Association Vauban.
www.ifrecor.nc : Ifrecor (Initiative française pour les récifs coralliens)

Dernière modification : 29/04/2010

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