La course au grand prix de France

N° 19 – Avril 2008

En lâchant à la presse, fin mars 2007 : « Je ne serais pas opposé à un Grand Prix dans ou à proximité de Paris », Bernie Ecclestone a mis en ébullition le petit monde de la Formule 1 et donné des idées à plus d’une ville française…

Le grand argentier de la F1 internationale ne veut plus entendre parler du circuit de Magny-Cours (Nièvre) en l’état. Inauguré en 1989, le site souffre à ses yeux d’une somme d’inconvénients qui dépasse désormais celle de ses avantages. Au chapitre des récriminations : Magny-Cours n’est pas directement accessible par l’autoroute (les deux kilomètres qui l’en séparent sont continuelle-ment embouteillés lors du Grand Prix de France) ; les installations, tant pour le public que pour les professionnels, la presse et les télévisions internationales, répondent difficilement à la demande ; enfin, la capacité hôtelière serait devenue notoirement insuffisante à proximité du circuit.

Il s’en est fallu de peu pour que le Grand Prix de France 2008 n’ait pas lieu. Le Premier ministre, François Fillon et Roselyne Bachelot, la ministre de la Jeunesse et des Sports, ont dû intervenir personnellement pour éviter que le circuit bourguignon ne soit rayé de la carte des compétitions dès cette année. Il est vrai que Magny-Cours est sous contrat jusqu’en 2009 avec les autorités de la F1.

Plusieurs sites candidats

Le rêve de Bernie Ecclestone aura-t-il pris forme d’ici là ? Verra-t-on, comme dans les aventures de Michel Vaillant, le héros de bande dessinée imaginé par Jean Graton, les bolides dévorer, moteurs hurlants, l’asphalte de la plus belle avenue du monde - les Champs Elysées -, contourner l’Arc de triomphe et dévaler en un éclair l’Avenue de la Grande Armée ?

Certes, l’hypothèse de cette fureur mécanique peut séduire sur le plan sportif. Mais comment la concilier, dans la pratique, avec les rigueurs toujours renforcées d’une politique de protection de l’environnement voulue par la population, les élus de la capitale et le gouvernement ?

Magny-Cours résistera-t-il ? La position de Bernie Ecclestone a aiguisé des appétits et déclenché des vocations. Aux portes de Paris, plusieurs sites et villes sont candidats pour accueillir le GP de France.

Disneyland Paris, à Marne-la-Vallée (Seine-et-Marne), concède avoir été très souvent approché par les responsables de la F1. Des terrains inexploités, une desserte européenne (TGV, Thalys, Eurostar, RER), des parkings gigantesques et quelque 8 500 chambres d’hôtel disponibles constituent indéniablement un atout maître. Mais, jusqu’à présent, les dernières discussions « ne seraient restées qu’à des niveaux très exploratoires », confie, prudent, un proche du dossier. Officiellement, Disney n’a pas encore inscrit la F1 au rang de ses priorités.

Aux portes de Versailles…

A Versailles, en revanche, les études vont bon train ; sans excès de communication, stratégie oblige. Jean-Baptiste Marvaud, adjoint au maire chargé des Sports, se réjouit de porter la candidature de la ville du Roi Soleil. Pour sa part, la ministre de la Culture, Christine Albanel, s’est dite « extrêmement inquiète » à l’idée de voir des bolides traverser le secteur sauvegardé.

L’organisation d’un départ du rallye Paris-Dakar sur l’esplanade du château, en 1998, a laissé un bon souvenir. Mais les 4x4 s’accommodent parfaitement de n’importe quel revêtement, les F1 non. Pas question, donc, d’exposer ces sommets de mécanique de précision, ne serait-ce que l’espace d’un tour de chauffe, aux aspérités des pavés royaux.

Les « envies d’ailleurs » de Bernie Ecclestone ont bien été entendues à la Fédération française du sport automobile (FFSA). Faut-il pour autant céder aux sirènes d’une modernité médiatique trop coûteuse ? « Nous ne construirons pas de circuit « cathédrale », comme à Shanghai ou Istanbul », affirme-t-on. Un groupe de travail, assisté par un cabinet spécialisé travaille aujourd’hui sur plusieurs hypothèses : un circuit à proximité du centre historique, à Versailles-Satory (quartier de casernement où de nombreux terrains sont disponibles), mais aussi… à Magny-Cours, qui n’a peut-être pas dit son dernier mot.

…ou à Magny-Cours !

Gérard Dumas, le président de la société qui exploite le circuit, réfute urbi et orbi les arguments d’Ecclestone, estimant à 30 millions d’euros la somme nécessaire à la mise à niveau du site et de ses équipements. Reste à trouver les financements.

Jacques Laffite, 176 Grand Prix et 6 victoires au compteur, rappelle que les coureurs apprécient les qualités de sécurité de Magny-Cours, « même si l’on pourrait modifier un virage ou une ligne droite ». Le champion automobile, aujourd’hui consultant pour la plus importante chaîne de télévision française (TF1), estime qu’il ne faut pas chercher midi à quatorze heures : « On pourrait aussi aller au circuit Paul-Ricard (dans le sud-est), mais l’accès y est encore plus difficile. Magny-Cours rénové permettrait de conserver le Grand Prix de France en dépensant le moins d’argent possible. On a parlé de 30 millions d’euros, un circuit neuf, c’est le double au bas-mot ».

En écho, Jean-Pierre Beltoise, lui aussi ancien champion, se refuse à promouvoir une solution plutôt qu’une autre, même s’il se souvient avec nostalgie de la grande époque du circuit de Montlhéry (Essonne). « Pour moi, tout est ouvert. Ce sera mieux qu’ailleurs, là où il y aura le moins de nuisances possible, assure-t-il. Dans un endroit qui permettrait de faire non seulement un circuit de F1, mais d’organiser toute l’année ce que j’appelle « le défoulement éducatif », pour apprendre aux jeunes comme aux moins jeunes à conduire de façon responsable ».

Bruno Le Marcis

Dernière modification : 28/04/2010

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