Le Français Morpho va identifier 1,2 milliard d’Indiens

N° 31 – novembre 2010

JPEG - 4.5 ko

C’est un projet immense auquel participe une filiale du groupe français Safran. Morpho va recueillir les données biométriques de la population indienne. Une première mondiale réalisée à une aussi grande échelle…

Le programme a démarré fin septembre dernier dans un petit village de l’Etat de Maharashtra, dans la banlieue de Bombay, qui compte à lui seul plus de 96 millions d’habitants… Les villageois ont accepté de fournir leurs empreintes digitales et de se soumettre à un scanner de l’œil. Ainsi comptabilisés dans un nouveau registre national, les résidents recevront dans quelques semaines un numéro d’identité unique à douze chiffres, qui figurera sur une carte à puce. Menée en parallèle avec le recensement national, la tâche est colossale : d’ici quatre ans, 600 millions d’Indiens, soit la moitié seulement du pays aura reçu un numéro ; à terme l’objectif est d’identifier l’ensemble de la population.

L‘agence indienne chargée du projet, l’UIDAI, a choisi plusieurs consortiums, parmi lesquels figure la société française Morpho, numéro un mondial dans l’identification biométrique et filiale du groupe Safran (ex-Sagem Sécurité). L’entreprise française, associée à l’indienne Mahindra Satyam, a fait la différence par son recours à la multi-biométrie : l’utilisation des empreintes digitales croisée avec celles de l’iris. Morpho a déjà mis en place des outils biométriques dans plusieurs pays : aux Emirats arabes unis, où la société a développé une carte d’identité biométrique ; en Mauritanie et en Malaisie où elle est en train de moderniser le système d’état civil ; sans oublier ses collaborations avec le FBI et Interpol pour la réalisation de mesures biométriques de dernière génération. Jusqu’à présent, aucune base de données n’a dépassé les 100 millions de personnes. Ce projet indien est sans commune mesure compte tenu de la taille de la population concernée. « De toute évidence, confirme Jean-Paul Jainsky, le directeur général de Morpho, ce projet représente un cap important qui va conditionner l’évolution de la biométrie ».

Il s’agit d’un véritable défi technologique pour Morpho qui devra s’assurer qu’aucun habitant ne porte deux fois le même numéro, ni qu’aucune identité ne puisse être falsifiée ou usurpée…

Pour le gouvernement indien, l’enjeu est de taille : permettre aux dizaines de milliards de dollars d’aides publiques allouées chaque année aux plus pauvres, de leur parvenir ; mais ces sommes colossales ne parviennent jamais à leur destinataire, en raison notamment de dysfonctionnements dans la sphère administrative. Ainsi, un tiers des habitants vivent avec moins de 30 centimes d’euros par jour et 100 million d’Indiens sont chaque année exclus du système des aides publiques.

« Les plus pauvres n’avaient jusqu’ici aucune preuve de leur identité. A cause de cela, ils ne pouvaient pas bénéficier des programmes d’aides publiques, qui étaient bien souvent empochés par d’autres » a rappelé, en lançant ce programme, l’actuel Premier ministre Manmohan Singh. L’attribution d’un numéro unique devrait ainsi garantir que les allocations parviennent bien à leur destinataire. A l’aide d’une carte biométrique, les Indiens pourront aussi ouvrir un compte en banque, payer leurs factures, la présenter comme pièce d’identité, permis de conduire ou carte électorale.

Une fois le processus d’identification mis en place, Morpho est déjà sur les rangs pour fournir les cartes à puce biométriques, ainsi que les terminaux d’enregistrement et de vérification des identités.

Une étude du cabinet asiatique CLSA évalue à 20 milliards de dollars ce marché pour les cinq à sept années à venir. Une manne pour les entreprises privées car jamais l’utilisation de la biométrie n’avait été tentée à une aussi grande échelle.

Virginie Langerock

Dernière modification : 26/11/2010

Haut de page