Le Marché de Rungis exporte son savoir-faire

N° 47 – novembre 2008

Le modèle du fameux Marché international de Rungis sort de ses frontières. Sa société gestionnaire, la Semmaris, est sollicitée pour participer à la localisation, la définition, l’organisation, la conception, l’exploitation de marchés de gros dans de nombreux pays et en particulier en Chine.

Le Marché international de Rungis (le MIN, comme disent les vieux habitués), aux portes Sud de Paris, est depuis quarante ans la plus importante plate-forme agro-alimentaire du monde. Ce marché de gros a généré, en 2007, 7,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires. Il regroupe quelque 1200 entreprises et emploie plus de 12 000 salariés. Sur ses 232 hectares aménagés sont arrivés cette année 1 508 380 tonnes de produits alimentaires, qui attirent une fréquentation considérable (6 654 197 entrées) et desservent 18 millions de consommateurs du Bassin parisien.

Le Marché constitue un beau démenti à ceux qui considèreraient les marchés de gros comme une institution désuète ! En perpétuelle transformation, il s’adapte constamment aux évolutions des normes comme de la consommation, et les chambres froides de son pavillon des viandes rénové ou de son nouveau pavillon de la marée évoquent plus des laboratoires high-tech que des foires de campagne… « Le plan directeur du site, « perspectives d’aménagement », est établi sur dix ans, mais remanié chaque année pour correspondre aux besoins », précise Vincent Isnard, le directeur des investissements de la Semmaris, société gestionnaire du Marché, qui a pour missions de construire, exploiter et commercialiser le site.

Rien d’étonnant donc à ce que la notoriété et la réussite du Marché international de Rungis suscitent des demandes à l’étranger. « Nous ne faisons pas que construire, nous exportons notre savoir-faire, souligne Vincent Isnard. Nous sommes consultants, assistants de maîtrise d’ouvrage et analystes. Nous identifions la problématique de la distribution agro-alimentaire, étudions les emplacements proposés, suggérons l’organisation, concrétisée par le « plan masse » et des bâtiments modulables, avec des fonctions adaptées. Nous travaillons aussi bien avec les puissances publiques, les exploitants, les promoteurs, les constructeurs… Notre tâche comporte aussi une composante culturelle et psychologique passionnante. Il faut s’adapter au contexte, aux grossistes présents sur les lieux ». La touche diplomatique, donc, une approche subtile, avec des montages très différents correspondant à chaque situation.

Entretenant des contacts sur tous les continents, la Semmaris sait se trouver là où il faut être. Par le biais de son département Rungis Consultant, elle a depuis trois ans intensifié ce développement à l’international et mis le cap sur la Chine. Elle a notamment conçu et organisé le nouveau marché de gros de Shanghai, qui couvre une centaine d’hectares, avec environ 400 000 m2 de pavillons et entrepôts, dont une première tranche de 20% est en cours de finitions. A Shenzhen, un contrat a été passé avec la SZAP, numéro 1 en Chine de l’exploitation de marchés de gros. L’accord prévoit la création d’une joint-venture d’exploitation dont l’action s’étendra notamment aux marchés de Shenyang et Nanning.

La Semmaris collabore déjà à la mise au point du projet de Pinghu, au nord de Shenzhen, avec l’objectif, au premier abord impossible, de concevoir 200 000 m2 de pavillons et entrepôts sur une surface de 25 hectares. Pour un autre gros projet, à Tianjin, près de Pékin, la société finalise le choix du terrain pour ses partenaires.

La Chine représente un gros potentiel et correspond au métier du Marché, qui consiste à agir dans de très grandes métropoles. Mais la Semmaris travaille également avec une quinzaine d’autres pays, où ses interventions prennent des formes très diverses. En Inde, par exemple, trois projets sont en cours de montage, dont un au nord de New Delhi. Un accord a été signé à Moscou pour la restructuration d’une plateforme logistique existante. A Tokyo, la société pourrait s’intégrer à l’une des équipes participant au concours d’architectes. En Ukraine (à Kiev et à Odessa), elle en est à la phase du choix des terrains. Elle mène également, comme l’indique Vincent Isnard, une « importante mission d’identification » au Kazakhstan et se prépare à signer un contrat au Vietnam, à Ho Chin Min Ville, pour un projet très conséquent de 300 hectares. A Lima, au Pérou, elle a effectué une « consultation légère » pour définir l’organisation et le « plan masse » du nouveau Marché de gros au nord de la ville.

Comme le souligne Marc Spielrein, président directeur général de la Semmaris, « la modification de l’organisation des circuits de distribution des produits alimentaires est un enjeu majeur pour de nombreux pays préoccupés à la fois par les exigences de sécurité alimentaire et par l’incidence du surenchérissement des denrées sur le niveau de vie de leurs habitants. La création de marchés de gros modernes, respectant la chaîne de froid et offrant une organisation logistique performante, est l’un des meilleurs leviers pour accroître l’efficacité globale de ces circuits ». Le développement international du marché de Rungis semble donc promis à un bel avenir !

Sylvie Thomas

Dernière modification : 29/04/2010

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