Le Mondial de l’automobile : c’est le watt qu’ils préfèrent

N° 27 – octobre 2010

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Les années passent, les réserves de pétrole s’amenuisent, mais le pouvoir d’attraction d’une très belle voiture demeure immuable et quasi magique, si l’on en croit l’énorme fréquentation du Mondial de l’automobile 20101. Lors de ce rendez-vous parisien où l’on se rend rituellement de père (et même de grand-père) en fils, les fans de grosses cylindrées n’ont d’yeux que pour les rutilantes Lamborghini, Jaguar ou Ferrari, tout en puissance et en virilité. La Rolls Royce Ghost avec ses 2 tonnes et ses 5 mètres de long, capable d’accélérer de 0 à 100km/h en moins de 5 secondes, laisse les visiteurs ébahis.

La voiture « propre » en pôle position

Pourtant ce sont bien les véhicules électriques les grandes vedettes du Mondial dont le thème, « Le futur, maintenant » constitue à lui seul un indicateur de tendance. Certes, ces voitures « propres » ne font pas rêver au premier abord, avec leur allure de robot ménager sage, silencieux et discret, mais elles représentent bel et bien l’avenir d’une industrie en perpétuelle innovation sur laquelle la France mise et se positionne aux yeux du monde.

Ainsi, les constructeurs, pris entre les contraintes des réglementations, les émissions de carbone et l’incertitude sur les prix du pétrole, ne s’y sont pas trompés. Renault, Peugeot, Citroën, Nissan, Mitsubishi ou Daimler, présentent tous des modèles électriques, dont certains doivent même sortir sur le marché dans les prochains mois. L’homme d’affaire et industriel Vincent Bolloré qui présente la Blue Car, estime dans une interview à l’Agence France Presse que les modèles électriques vont assez vite représenter « 10 à 15% du marché mondial ». De fait, à Paris, les clients potentiels ont pour la première fois le choix entre cinq ou six modèles, entièrement électriques. Une véritable révolution et une vitrine pour l’industrie française.

Le coup d’envoi de la voiture tout électrique sera donné avant la fin de l’année par Peugeot-Citroën qui commercialisera la Peugeot Ion et la Citroën C-Zéro (pour zéro émission carbone). En 2011, les Français pourront aussi acheter la Leaf de Nissan et la Fluence de Renault. Pour la Blue Car de Vincent Bolloré, aucune date n’est encore précisée.

Freins et accélérateurs

Si les grands constructeurs s’accordent à penser que les véhicules électriques ont un avenir lumineux, les spécialistes affirment que la montée en puissance se fera de façon progressive. Car si les obstacles techniques sont en grande partie surmontés, l’autonomie des véhicules électriques reste un frein : 150 km environ avec une seule charge. Bien que 85% des trajets urbains soient inférieurs à 10 km, pour le grand public la faible autonomie constitue un frein psychologique et la peur de la panne de batterie est dans tous les esprits. L’autre point critique est la mise à disposition généralisée de points de recharge. Car une voiture électrique ne se recharge pas sur une simple prise de courant. Il faut s’équiper ou… pouvoir trouver un équipement adéquat.

Sous l’impulsion du président Nicolas Sarkozy, l’Etat a déjà mis en place une politique volontariste en s’engageant à financer un programme de développement des points de recharge pu-blics : 75 000 d’ici 2015 et 400 000 d’ici 2020. L’Etat va en outre passer commande de 50 000 véhicules pour une quinzaine de sociétés et administrations publiques comme La Poste, EDF ou Vinci. Enfin, pour convaincre les consommateurs, une prime de 5000 euros sera offerte aux acheteurs d’un véhicule aux émissions carbones minimes. Voilà qui devrait aider à convaincre les clients de la voiture électrique encore réticents face au coût moyen d’achat de 30 000 euros. La France veut ainsi se positionner en leader européen sur un marché en développement rapide et qui, selon le ministre de l’Industrie, Christian Estrosi, pourrait créer jusqu’à 280 000 emplois verts.

Le virage qui s’amorce à la porte de Versailles est sans aucun doute le début d’une révolution… mondiale.

Kidi Bebey

Du 2 au 17 octobre 2010 Paris, Parc des expositions, Porte de Versailles.
(1) Rendez-vous biennal, le Mondial de Paris est le premier des salons internationaux de l’automobile en terme de fréquentation, avec 1,43 millions de visiteurs pour sa précédente édition en 2008.

Dernière modification : 13/10/2010

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