Le musée du quai Branly : "un musée du regard sur l’autre"

N° 51 - décembre 2008

Au mythique musée du quai Branly sont présentés, en plein cœur de Paris, les arts et civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques autour de magnifiques collections hissées au rang des trésors du monde extra-européen. Ces « lointaines » cultures non-occidentales, si longtemps méconnues voire méprisées ou cantonnées au rang de curiosités, disposent d’un vaste espace où peut s’affirmer « la pleine mesure de leur profondeur et de leur subtilité », dans un dialogue permanent entre les hommes et les cultures.

Déjà défini comme « un musée du regard sur l’Autre », le musée du quai Branly est né de la volonté du président Jacques Chirac de « redonner toute leur place à des arts et civilisations trop longtemps méconnus », avec l’espoir aussi de le voir devenir « un instrument de paix qui témoigne pleinement de l’égale dignité des cultures et des hommes ». Une première étape de cette entreprise a été l’ouverture en avril 2000 au Pavillon des Sessions du musée du Louvre - jusque-là « temple » de l’art occidental - d’une section consacrée aux arts d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, avec 120 oeuvres exceptionnelles choisies par Jacques Kerchache, un fervent spécialiste des arts primitifs, convaincu comme le président Chirac « qu’il n’y a pas de hiérarchie dans les arts » ni dans les cultures. Auteur en 1990 d’un manifeste intitulé : Pour que les chefs d’œuvre du monde entier naissent libres et égaux, Jacques Kerchache est mort en 2001, cinq ans avant l’ouverture prévue au printemps 2006 du musée dont la salle de lecture portera son nom.

Le musée imaginé par l’architecte Jean Nouvel comme « un bâtiment qui soit la maison de ces différents arts plutôt que de l’architecture occidentale, noyé dans le paysage de façon à ce qu’on le découvre », a surgi de terre en bord de Seine, au pied de la Tour Eiffel, sur les 25 000 m² du dernier grand terrain encore constructible au cœur de Paris. Le bâtiment principal, qui abrite les collections réunies du Laboratoire d’ethnologie du musée de l’Homme et de l’ancien musée des Arts d’Afrique et d’Océanie (soit 300 000 objets), se présente comme une sorte de longue passerelle bâtie sur pilotis, surplombant un jardin de 18 000 m² dont les 180 arbres (de plus de 15 mètres de haut ) le dissimulent à la vue. Une rampe d’accès conduit au « plateau des collections de référence », le cœur du musée (6 500 m²), où sont exposés en permanence 3 500 objets, accompagnés de présentations thématiques. 2000 m² sont prévus pour accueillir les expositions temporaires, une dizaine chaque année. S’y ajoutent un auditorium de 500 places s’ouvrant sur un théâtre de verdure, une salle de cinéma de 120 places, une médiathèque d’étude et de recherche de 180 places avec 250 000 ouvrages en consultation dont 25 000 en libre accès, des moyens multimédias pointus ... et un restaurant panoramique.

Le musée a été conçu comme une institution culturelle d’un type nouveau avec un double objectif : préservation et présentation des collections, développement de la recherche et de l’enseignement. Une programmation régulière de spectacles vivants (arts de la scène, théâtre, danse, musique) en relation avec les expositions présentées est prévue, contribuant à faire de ce lieu une très conviviale « cité culturelle » des arts non-occidentaux, vouée aux peuples extra-européens et appelée à devenir pour les visiteurs un lieu privilégié de rencontres et d’échanges entre les cultures, les civilisations et les hommes.

Parallèlement à la construction des bâtiments, une campagne de conservation préventive sans précédent dans l’histoire des collections publiques françaises a été menée pendant trois ans pour décontaminer, nettoyer, restaurer, identifier, répertorier, photographier chacun des 300 000 objets transférés au quai Branly, du plus humble outil de la vie quotidienne jusqu’à la plus somptueuse sculpture en passant par les bijoux ou les armes. Tous seront accessibles sur Internet.

Un gardien des lieux inhabituel les attendait lorsque est venu le moment de leur installation au musée : un énorme mégalithe de pierre volcanique rouge en forme de lyre venu du Sénégal, qui avait monté la garde pendant quarante ans devant le MAAO. Avec ses 2,40 mètres de haut, son 1m 60 de large et son poids de près de 6 tonnes, il n’aurait jamais pu passer par les portes ou les fenêtres du bâtiment achevé et il avait fallu le faire descendre par une grue, bien emballé dans sa caisse, avant l’installation du toit-terrasse. Il ouvre la voie au département des Arts africains, où un chef d’œuvre de l’art Dogon du Mali lui dispute la vedette : une magnifique statue en bois de Djenné (du XIè ou XIIè siècle).

De nombreux dons et quelques acquisitions nouvelles se sont en effet ajoutés aux objets transférés. Une collection d’ornements et bijoux ethniques d’Insulinde, unique au monde par sa dimension et sa qualité, a ainsi été offerte par un couple de collectionneurs suisses passionnés, Monique et Jean-Paul Barbier-Mueller, eux-mêmes à la tête d’un musée.

La création contemporaine est également présente : huit artistes aborigènes d’Australie ont été invités à peindre la façade et les plafonds d’un des bâtiments du musée, perpétuant ainsi l’héritage spirituel d’un art millénaire de peinture pariétale ou sur écorce évoquant « le Temps du Rêve », celui de l’origine du monde.

Claudine Canetti

Dernière modification : 29/04/2010

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