Le plus grand trimaran du monde, bateau de tous les records

N° 9 – mars 2009

Banque Populaire V, le plus grand trimaran jamais construit, est un bateau exceptionnel, conçu pour battre tous les records les plus mythiques autour de la planète. Un défi extraordinaire, mais moins fou qu’il n’en a l’air.

D’ores et déjà, il bat des records par ses dimensions hors normes. Le plus grand trimaran du monde mesure 40 mètres de longueur, il pèse 23 tonnes et il mesure… A peu près autant que l’Arc de Triomphe à Paris. Il faut l’intervention de huit membres de l’équipage pour dresser la grande voile en quinze minutes ! 179 personnes ont travaillé durant plus de 250 000 heures à la construction de ce géant de carbone. Dessiné par le cabinet d’architecture navale Van Peteghem Lauriot Prévost, Banque Populaire V a été construit par le Chantier CDK technologies qui a appelé pas moins de quatre autres entreprises à la rescousse, sous-traitant les coques et assemblant le tout à Lorient, son hangar de Port-la-Forêt étant trop petit.

De plus, ce bateau met en œuvre des inventions techniques astucieuses : une bascule latérale du mât, afin de soulager le flotteur sous le vent, une bascule longitudinale, pour régler la quête du mât et ainsi ajuster l’assiette et l’équilibre à la barre, l’installation de foils courbes agissant sur la vitesse et l’assiette. Pour ses concepteurs, il s’agissait de limiter les impacts liés à la mer et à la vitesse, ainsi que le tangage. La position très centrée des bras reliant les coques entre elles réduit leur surface frontale.

Premier objectif de cette technique sophistiquée : permettre au trimaran d’aller vite, très vite. « On ne se rend pas compte de la vitesse atteinte par ce bateau ! souligne le skipper Pascal Bidégorry. Tenir la barre dans les premiers essais demande une incroyable concentration ». Parce que Banque Populaire V n’a pas seulement pour finalité d’être le plus grand, mais d’être aussi le plus rapide. Ses architectes l’ont conçu dans l’optique de lui permettre de battre tous les grands records historiques existants, en commençant par celui de la traversée de l’Atlantique Sud avec La Route de la Découverte, de Cadix à San Salvador. Un aller et retour à Miami avec check–up en Floride, ainsi qu’un New York / Cap Lizard sont également prévus pour le record de la traversée de l’Atlantique Nord.

Le bateau doit en effet naviguer le plus possible afin de tester ses capacités. Il n’a certes pas de rival, mais des mésaventures survenues à certains de ses prédécesseurs, comme la dislocation du flotteur bâbord du Groupama 3 lors de sa tentative dans le Trophée Jules Verne, ont incité ses architectes à la prudence. Les améliorations apportées visent en effet non seulement à accroître sa vitesse, mais aussi à limiter les risques : les détails destinés à assurer une sécurité maximale des hommes à bord ont été soigneusement étudiés, les structures du navire renforcées. C’est ainsi que l’équipage, protégé de l’avant par un bras de liaison et de l’arrière par une poutre de barre d’écoute, n’a pratiquement jamais à s’exposer dans les zones de filets réputées dangereuses, d’autant plus que les manœuvres de pied de mât reviennent au cockpit.

Les mots clé : maîtriser à tous les niveaux, comme le souligne Kevin Escoffier, responsable du bureau d’études de Banque Populaire : « Même le budget, dix millions d’euros, n’est pas excessif par rapport à d’autres sports. Nous n’avons pas voulu tout réinventer, mais utiliser l’expérience acquise sur les bateaux de 60 pieds, adapter des concepts existants en fonction du changement d’échelle ». Autre moyen de limiter les risques, un équipage à la hauteur de ce bateau extraordinaire, avec à sa tête l’un des skippers les plus doués et expérimentés de sa génération. Pascal Bidégorry a déjà à son palmarès le record de vitesse sur 24H sur multicoques de 60 pieds et la seconde place sur la Route du rhum en 2006. Il a remporté le Championnat du monde des multicoques de 60 pieds et la fameuse transat Jacques Vabre en double. Toujours secondé de son fidèle complice, le manager et directeur technique Ronan Lucas, il a réuni une équipe d’élite. Les treize hommes qui la composent, barreurs, régleurs, informaticiens, techniciens, ont été choisis en fonction de leurs compétences complémentaires et de leur capacité à s’adapter à la dimension hors normes du navire et aux innovations qu’il comporte.

Inauguré en grandes pompes à Nantes en octobre dernier, le géant des mers s’attaquera en novembre 2009 à son objectif ultime : le mythique Trophée Jules-Verne, qui exige une moyenne de vitesse très élevée sur une très longue distance. « Sans être mégalomane, cela semble jouable, estime Kevin Escoffier. Plus le bateau est grand, plus il résiste à la mer… ». Tout de même, « penser que nous ne serons jamais sous les 35 nœuds pendant cinquante jours me conforte dans l’idée que nous sommes tout de même complètement dingues ! », avoue Pascal Bidégorry. Rien ne peut cependant entamer l’enthousiasme de Kevin Escoffier qui s’apprête lui-même à participer aux traversées avec une impatience non dissimulée. Car si le gigantesque trimaran est bien sûr un exploit technologique, il représente avant tout une aventure sportive et humaine remarquablement exaltante !

Sylvie Thomas

Dernière modification : 23/04/2010

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