Le repas gastronomique des Français au Patrimoine mondial de l’Humanité

N° 32 – Décembre 2010

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gastronomie

Les experts de l’UNESCO ont estimé que le repas gastronomique à la française, avec ses rituels et sa présentation, remplissait les conditions pour rejoindre la prestigieuse liste du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Pour la première fois, la gastronomie d’un pays accède à ce statut. Cette inscription est « une formidable reconnaissance ».

C’est chose faite : les experts d’un comité intergouvernemental de l’UNESCO, réunis à Nairobi (Kenya), ont statué favorablement à la demande de la France. La gastronomie française, mais également le compagnonnage et la dentelle au point d’Alençon, autres dossiers présentés par Paris, ont été inscrits au patrimoine mondial de l’Humanité. L’ambassadrice de France auprès de l’UNESCO, Catherine Colonna, s’est félicitée de cette décision, qui « contribue à la diversité culturelle ».

Le comité a examiné 51 candidatures lors de cette session, des croix de pierre en Arménie aux fêtes de Giong des temples de Phu Dong et de Soc au Vietnam, en passant par le flamenco espagnol, l’acupuncture chinoise et l’art du tapis en Azerbaïdjan.

En 2008, à l’occasion de sa visite au salon de l’Agriculture de Paris, le président de la République, Nicolas Sarkozy, avait manifesté son intention de déposer à l’UNESCO un dossier de candidature à l’inscription de la gastronomie française sur la liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’Humanité. Le dossier a ensuite été soutenu par le ministère de l’Agriculture et par de nombreux Chefs et gastronomes, estimant que « la cuisine, c’est de la culture ».

C’est la première fois que l’UNESCO accepte d’inscrire à sa longue liste un patrimoine lié à la gastronomie. Depuis la signature de la convention de 1972, l’UNESCO classe les plus beaux sites et monuments du monde qui présentent un caractère d’exception. Mais l’organisation est également mandatée, aux termes d’une convention signée en 2003, pour la protection du patrimoine immatériel de l’Humanité. Ratifiée à ce jour par 132 pays, elle vise à protéger les cultures et traditions populaires. 178 pratiques culturelles ou savoir-faire traditionnels ont été à ce jour inscrits au patrimoine universel immatériel de l’Humanité. « Pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire (…), que les communautés se transmettent de génération en génération (…), qui leur procure un sentiment d’identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect, la diversité culturelle et la créativité humaine ».

Les membres du Comité ont noté que le repas était en France « une pratique sociale coutumière destinée à célébrer les moments les plus importants de la vie des individus et des groupes, tels que les naissances, les mariages, les anniversaires, les succès et les retrouvailles ». Et par voie de conséquence, une pratique qui renforce l’identité collective et contribue à la diversité culturelle du monde. L’accent a été mis sur le fait d’être bien ensemble, de pratiquer l’art du goût, l’harmonie entre l’être humain et les productions de la nature. « Les Français aiment se retrouver, bien boire, bien manger et célébrer un bon moment de cette façon. C’est une partie de nos traditions et une tradition bien vivante », a plaidé en séance Catherine Colonna.

C’est donc le repas associé à l’identité culturelle française qui est mis en exergue, dans toutes ses composantes : l’achat de bons produits, de préférence locaux, dont les saveurs s’accordent bien ensemble ; le choix attentif des mets, parmi un recueil de recettes qui ne cessent de s’enrichir ; le mariage entre mets et vins ; l’esthétisme de la table ; les conversations. Le repas gastronomique doit aussi respecter un schéma bien particulier : il commence par un apéritif et se termine par un digestif, avec entre les deux au moins quatre plats, à savoir une entrée, du poisson et/ou de la viande, du fromage et un dessert.

Le repas fait partie de l’identité des Français. Il est aussi bien normand, provençal que bourguignon ou alsacien. « Par ailleurs, la gastronomie française est ouverte à d’autres influences, extrêmement variées, qui peuvent générer de nouvelles saveurs. C’est une notion d’ouverture dont il faut tenir compte, en adéquation avec la réalité d’aujourd’hui », observe Hubert de Canson, délégué permanent adjoint de la France auprès de l’UNESCO.

L’UNESCO a évoqué le risque d’usage abusif du label de l’UNESCO à des fins commerciales. « La France aura à cœur d’appliquer pleinement l’esprit et la lettre de la Convention sur le patrimoine immatériel », a souligné Catherine Colonna. Cette inscription implique la mise en œuvre de mesures concrètes visant à assurer la préservation du repas gastronomique des Français, notamment en matière d’accompagnement éducatif dans les écoles. « L’éducation en ce domaine est essentielle, afin de sensibiliser les jeunes à la culture du goût et transmettre aux générations futures les arts de la table » fait valoir Hubert de Canson, en ajoutant que dans ce domaine, « Il faut favoriser la vocation universitaire et pédagogique ».

Annik Bianchini

Site Internet

www.unesco.org : site de l’Unesco

Dernière modification : 26/11/2010

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