Les architectes des Bâtiments de France exportent leur savoir-faire

N°29 - Octobre 2010

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Baphuon Vue générale du chantier © M. Verrot, architecte des bâtiments de France

L’expérience française acquise dans la valorisation du patrimoine et l’aménagement urbain est reconnue de longue date au niveau international. Dans le contexte de leur mission de sauvegarde et de prévention du patrimoine architectural urbain et paysager, les architectes des Bâtiments de France partagent leur talent sur les cinq continents : de la Chine à Haïti, en passant par l’Inde, la Syrie et la Russie.

L’échange et le partage sont une des constantes de l’histoire de la culture et de l’architecture française. Depuis plus d’un siècle, les Architectes des Bâtiments de France transmettent, bien au-delà des frontières, leur savoir-faire d’excellence et leur esprit d’innovation.

Gardiens du patrimoine architectural français, les architectes des Bâtiments de France représentent l’Etat sur l’ensemble du territoire national. Ils ont une triple vocation de conseil, de contrôle et de conservation. A l’étranger, on fait appel à eux pour définir des politiques de valorisation du patrimoine urbain et contribuer, notamment, aux orientations de l’habitat dans les quartiers pauvres des banlieues déshéritées. Ils apportent en outre leur expertise pour la reconstruction ou la restauration d’édifices, dans le cadre de missions de coopération et de développement.

En janvier 2010, un séisme de magnitude 7,3 sur l’échelle de Richter a ravagé Haïti. A Port-au-Prince, la capitale, le patrimoine architectural, composé d’édifices institutionnels, de lieux de culte et d’enseignement, a particulièrement été touché. L’urgence de la reconstruction s’imposait. « Trois architectes des Bâtiments de France se sont rendus sur place pour réaliser un travail d’assistance et d’expertise. Le Palais des ministères a été fortement endommagé. Notre mission a consisté à effectuer un relevé des archives et des bâtiments. Nous avons également accompagné le projet de Bibliothèque sans frontières, visant à créer une bibliothèque universitaire de 150 000 ouvrages », explique Frédéric Auclair, président de l’Association nationale des architectes des Bâtiments de France (ANABF). « Par ailleurs, Patrimoine sans frontières a bénéficié du soutien de la fondation Vieilles Maisons françaises pour la sauvegarde des peintures murales de la cathédrale de la Sainte-Trinité. Aujourd’hui, le travail porte sur l’église Notre-Dame-des-Victoires ».

A l’Ecole de Chaillot, où se trouve le Département de la formation de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, sont formés près deux cents architectes chaque année. On y dispense un enseignement de haut niveau sur l’histoire, l’entretien, la conservation, la restauration et l’utilisation des monuments anciens. Grâce à son réseau international, l’Ecole de Chaillot met en œuvre des formations spécialisées, assurés par des spécialistes français dans les différents pays du monde.

« Nous mettons en place entre dix et vingt ateliers de formation par an à l’étranger. Actuellement, un groupe de formateurs se trouve en Grèce ; un autre en Roumanie, à Curtisoara, avec des collègues de l’université de Timisoara. Il s’agit d’un travail de terrain, nous nous plaçons dans des problématiques réelles », observe Mireille Grubert, directrice de l’Ecole de Chaillot. « Nous sommes présents au Maroc depuis quatre ans, en Syrie depuis six ans, au Cambodge depuis trois ans. Nous développons également des actions de coopération avec la Chine, sous forme d’ateliers croisés ».

La coopération avec la Chine, coordonnée depuis plus de douze ans par l’Observatoire de la Chine de la Cité de l’Architecture et du patrimoine, permet de constituer un réseau d’architectes innovateurs et de stimuler l’échange d’expériences. Ce programme de coopération franco-chinois a notamment permis à des architectes des Bâtiments de France d’être invités à présenter leur expérience dans le cadre de colloques et de séminaires en Chine.

En Inde, les autorités locales sollicitent l’assistance internationale dans le domaine de l’urbanisme. Au fil des missions, l’action des architectes des Bâtiments de France a contribué à l’élaboration d’un document général d’urbanisme qui a été approuvé en 2006. « La coopération a permis de dialoguer, de confronter des points de vue et de favoriser l’enrichissement réciproque qui fera évoluer nos propres pratiques. Nos homologues indiens, intéressés par nos outils et notre expérience dans nos domaines spécifiques d’intervention, nous sollicitent pour des échanges toujours plus nombreux », indique Paul Trouilloud, achitecte des Bâtiments de France.

Actuellement, des missions se déroulent en Russie (Irkoutsk), en Syrie (Institut français d’Alep…), au Laos (site de Vat Phou), à Cumes, en Allemagne, mais aussi à Angkor, au Cambodge. De jeunes architectes cambodgiens sont formés et encadrés pour la conservation du patrimoine khmer.
La stratégie française d’intervention prend en compte la coordination et la mise en réseau des acteurs français, la reconnaissance et la diffusion de l’expertise française, le suivi et l’actualisation tactique.

« La France possède une expérience extraordinaire en matière de gestion du patrimoine. Les initiatives françaises sont nombreuses et la demande est forte de la part de nos partenaires étrangers », fait valoir Alain Marinos, inspecteur général à la Direction générale des Patrimoines. Il souligne notamment que « c’est grâce à la France que les quartiers historiques de Shanghai ont été restaurés ». « Avec l’Unesco, poursuit M. Marinos, nous avons engagé une étude inspirée de l’expérience française dans le domaine social. Les innovations conduites par nos services sur le territoire français, ainsi que le succès des actions de coopération internationale déjà engagées, constituent des atouts formidables qui nous encouragent à développer de nouvelles propositions stratégiques sur la scène internationale ». C’est dans cette perspective que la Direction générale des Patrimoines s’est associée aux services du ministère des Affaires étrangères et européennes.

Annik Bianchini

Dernière modification : 11/11/2010

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