Les guinguettes séduisent à nouveau un large public

N° 24 - juillet 2009

Pour renouer avec l’ambiance festive des bals populaires, des doux après-midi au bord de l’eau et des bons repas d’antan, les guinguettes refleurissent le long de nos rivières. Lyon affiche des guinguettes le long de la Saône et, en région parisienne, celles du bord de Seine et de la Marne sont de plus en plus fréquentées. De Nantes à Angers, elles redonnent des couleur aux berges de la Loire et font le bonheur des amoureux d’authenticité en quête joie de vivre et d’un bon goût de vacances. Dans un cadre bucolique, on danse sur un air de swing, une java… Ou on écoute, tout simplement, une belle chanson française.

Avec l’été, le renouveau des guinguettes nous envahit d’une ferveur toute joyeuse : tables estivales et festives du week-end, musique locale et danse sont à l’honneur. L’histoire des guinguettes est intimement liée aux loisirs populaires, aux dimanches au bord de l’eau et aux activités liées à la rivière : canotage, courses d’aviron, joutes, concours de bateaux fleuris, pêche, natation… On s’adonne aux jeux de foire, on y danse la valses, la polka et, plus tard, le musette au son de l’accordéon. On y déguste la friture de poissons, la matelote d’anguilles et, plus tard, le moules frites. On y passe une journée de divertissements en famille. Parfois aussi, on y cherche l’aventure galante. Un art de vivre qui a inspiré de nombreux artistes : peintres, écrivains, cinéastes, photographes, auteurs et compositeurs de chansons…

L’origine la plus probable du terme guinguette est le mot guinguet, désignant un petit vin blanc acide et délicieux, assez bon marché, produit en Ile-de-France et désormais introuvable. Les guinguettes connaissent au 18è siècle un grand essor à Paris et dans les villages proches de la capitale. C’est dans les années 1860 qu’elles s’installent sur les bords de Marne. Paris s’agrandissant, la ville doit reculer ses limites… et les guinguettes s’éloignent. La Belle Epoque marque l’apogée de ces lieux de loisir des citadins : Lefèvre, à l’ancien Moulin de Bry, Jullien sur l’île Fanac à Joinville, Hédeline sur l’île des vignerons à Champigny, Gégène de Joinville...

Aujourd’hui, les guinguettes sont redevenues un lieu de convivialité et de danse. Le célèbre Chez Gégène, situé à Joinville-le-Pont, à quelques encablures de la Porte de Bercy, tout près de Paris, ne désemplit pas. Avec sa terrasse et sa vue plongeante sur la Marne, les visiteurs viennent pour l’ambiance, pour danser un tango langoureux ou un rock and roll endiablé, et pour déguster sa cuisine. On y sert toujours les mêmes fritures et le petit vin blanc. De l’autre côté de la berge, juste en face du port de plaisance de Joinville, La Goulue sait accueillir ses hôtes dans une ambiance champêtre et festive. La cuisine y est traditionnelle et familiale. A Champigy-sur-Marne, La guinguette de l’Ile du Martin Pêcheur organise, tous les jours, des animations musicales afin de danser sur les bords la Marne. Le grand jardin sur les rives du fleuve permet aussi de déjeuner sur l’herbe.

Le tourisme fluvial est l’un des grands atouts du Val de Marne. Différentes compagnies proposent des croisières, de ponton en ponton, sur les traces du petit vin blanc et du piano à bretelles. Un conteur commente cette promenade sur l’eau, retrace l’histoire des guinguettes. Parfois, un déjeuner dansant est prévu dans une guinguette.

Du côté de la Seine, c’est avant tout pour le cadre qu’il faut aller à La guinguette de Neuilly, totalement entourée de verdure, sur l’Ile de la Jatte. Ancien relais de canotiers, avec ses poutres en bois, et ses nappes à carreaux rouge et blanc, le décor est typique des guinguettes d’antan. Beaucoup plus récente, La guinguette pirate est arrivée Quai François Mauriac, à Paris, au pied de la Bibliothèque nationale de France, voici une dizaine d’année. Des concerts y sont organisés tous les soirs sur le pont, mais on peut aussi dîner dans le restaurant lové dans la cale du bateau. Toujours en bord de Seine, La guinguette auvergnate, à Villeneuve-Saint-Georges, organise, au son de l’accordéon, des déjeuners et des dîners dansants, avec des spécialités du terroir, comme le pavé de truite de l’Aveyron.

Le renouveau des guinguettes correspond aussi à la montée des bistrots et des lunches du dimanche des lieux branchés. Lyon a ainsi affiché pendant plusieurs années un Quai des guinguettes et, en bord de Saône, dans les Monts d’Or, quelques guinguettes se singularisent, comme le Crusoé, situé sur le site pittoresque de l’Ile Roy. A toute heure de la journée, le passeur du Crusoé vient nous chercher en bateau. Plusieurs activités au programme : jeux de boules, solarium, activités pour les enfants, danse et, bien sûr, restauration sous le chapiteau.

On retrouve également les guinguettes en Anjou, dans l’ouest de la France. Un fleuve qui coule lentement, des bancs de sable effleurant la surface de l’eau. L’occasion, aussi, de déguster quelques bons vins des vignerons angevins. Le long de la Loire, les guinguettes se succèdent : la guinguette chez Jojo et sa nouvelle décoration très romantique, avec fleurs, terrasse couverte et vue imprenable ; le Port de vallée, qui a réalisé le mariage parfait entre l’esprit guinguette et une bonne table ; les tourbillons, dont la musique vous fera danser le vendredi et le samedi soir, et qui propose aussi une cuisine à base de produits locaux ; Noé bistrot inondable, à la confluence de la Maine et de la loire et La Riviera, face à Saint-Mathurin-sur-Loire, à proximité du ponton des bateaux Loire de Lumière. Tous ces endroits, appréciés pour leur fraîcheur en été, vous permettront de déguster le fameux sandre au beurre blanc, le saumon à l’oseille ou la friture d’anguilles.

Aux abords de Nantes, les guinguettes sont sur le quai. Les hôtes sont accueillis au Poussin rouge et à La Civelle par le sourire des serveuses. On peut venir aussi en hiver au concert Chez Madame Java, à Basse-Ile. A Caen, la guinguette de l’Odon rencontre un réel succès. Les plus jeunes viennent plutôt le samedi soir, car ils apprécient surtout la musique disco. « Ce qu’il faut, c’est mélanger les genres, les cultures, les musiques et les générations », observe Françoise, une habitante du quartier.

Annik Bianchini

Dernière modification : 28/04/2010

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