Les monstres hollywoodiens du parisien Patrick Tatopoulos

N° 32 – août 2009

Les amateurs de fantastique et de science-fiction le connaissent bien. Ce spécialiste des effets spéciaux à Hollywood, devenu réalisateur avec Underworld 3, accomplit un parcours sans faute. Aujourd’hui, Patrick Tatopoulos sort des coulisses et multiplie les projets. Le créateur de créatures a imposé sa griffe outre-Atlantique !

On lui doit les « aliens » de Stargate, d’Independence Day, du Peuple des ténèbres, I-Robot et les créatures de I am a Legend, de Die Hard 4… Né à Paris d’une mère française et d’un père grec, Patrick Tatopoulos est le chouchou d’Hollywood, ce qui lui a permis de réaliser son rêve : « dessiner des monstres ». Depuis une vingtaine d’années, il dessine ceux des superproductions américaines et il est reconnu dans le monde entier comme l’un des meilleurs spécialistes des effets spéciaux.

Pour les films auxquels il a participé, Patrick Tatopoulos a été designer de créatures, de décors, de costumes, l’un ou l’autre ou les trois à la fois. Il confère aux longs-métrages sur lesquels il intervient un ton et un univers très particuliers, que les amateurs reconnaissent aisément. Le fruit du talent, certes, mais aussi d’un travail rigoureux : « Tous les jours, je me mets à ma table et je dessine. Vient d’abord le design, puis la construction de la créature : en général, cela prend deux à trois mois. Je travaille souvent sur plusieurs projets à la fois. Maintenant, les gens du métier me font confiance ».

A ses débuts, Patrick Tatopoulos a travaillé dans l’animation et le dessin des couvertures de bandes dessinées mettant en scène des super-héros. Il a ensuite poursuivi des études, à l’Ecole des Beaux Arts et à l’Ecole des Arts décoratifs de Paris, avant de s’installer d’abord en Italie et puis en Grèce où il a œuvré comme ingénieur artistique dans le domaine publicitaire. En 1989, il a décidé de tenter sa chance aux Etats-Unis où la qualité de son travail dans la publicité a été très vite remarquée par le milieu cinématographique.
Sa première expérience hollywoodienne fut l’adaptation du très célèbre jeu vidéo Super Mario Bros, en 1993. Mais c’est l’année suivante que sa conception artistique s’est exprimée dans toute son ampleur, lorsqu’il a dessiné les costumes et les décors de Stargate. Ce film marque aussi sa première collaboration avec le metteur en scène Roland Emmerich, pour qui il sera ensuite responsable des effets spéciaux sur Independence Day, puis Godzilla.

Patrick Tatopoulos est réputé pour sa fidélité aux cinéastes avec lesquels il travaille. Parmi ceux-ci, Rob Minkoff, pour lequel il s’est chargé de la conception de la petite souris Stuart Little. De retour à la science-fiction en tant que chef décorateur, il a suivi un autre de ses réalisateurs de prédilection, l’Australien Alex Proyas, dans l’aventure de Dark City, avant de se retrouver directeur artistique de I. Robot. C’est ensuite David Twohy qui s’est attaché ses services, l’entraînant dans l’univers du criminel intergalactique Richard B. Riddick, dans Pitch Black et Les Chroniques de Riddick. Dans son bestiaire personnel, c’est d’ailleurs la créature qu’il a créée pour Pitch Black qu’il trouve « la plus belle »… Mais la plante prédatrice et carnivore des Ruines, de Carter Smith, film d’épouvante sorti l’an dernier, n’est pas mal non plus !

Viennent ensuite I am a legend et Resident Evil. Sur le tournage de Stargate, Patrick a rencontré l’accessoiriste Len Wiseman, qui fait appel à ses services pour Underwold 1 et Underworld 2 : Evolution ainsi que pour Die Hard 4. Ensuite, les studios poussent l’homme des coulisses à filmer lui-même le troisième volet de la saga « Underworld », Underworld 3 : Le Soulèvement des Lycans. A vrai dire, il s’est « un peu fait prier ». Il « aime être dans l’ombre » et il lui a fallu découvrir « la relation avec les acteurs », s’initier à « l’aspect psychologique du travail » - un acteur n’étant pas une créature ! Au final, il n’a pas eu à regretter de s’être laissé convaincre. Comme réalisateur aussi, il a réussi à imposer un ton très personnel, un univers différent de celui des deux premiers volets, « même le personnage a changé », reconnaît-il. Il est vrai qu’il n’a pas pu s’empêcher de dessiner lui-même ses décors et ses créatures ! « On peut tout à fait s’occuper de l’aspect artistique d’un film tout en se consacrant à la réalisation au moment du tournage », constate donc Patrick Tatopoulos qui, désormais connu du grand public, va réaliser deux autres films : Non-Stop, dans lequel un avion est intercepté par un vaisseau extra-terrestre et I. Frankenstein, qui imagine la rencontre entre Frankenstein et d’autres créatures célèbres, telles que Dracula, Le Bossu de Notre-Dame, L’Homme invisible… Un grand moment du film de genre en perspective, co-produit comme tout son travail par sa propre maison de productions, les Tatopoulos Studios. Laquelle s’est associée à la société d’effets spéciaux française internationalement célèbre Duran-Dubois. Il s’agit d’une nouvelle étape pour Patrick : « Je délaisse les monstres mécaniques pour les effets spéciaux digitaux ». Un pôle qui renforce la réputation d’excellence des spécialistes français d’effets spéciaux à Hollywood.

Sylvie Thomas

Dernière modification : 28/04/2010

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