Les nouvelles ambitions de la chimie en France

N° 33 - septembre 2009

La chimie est partout, elle fait partie de notre quotidien. De ses origines quasi magiques et ésotériques aux expérimentations sur un coin de paillasse à l’aide d’instruments aussi complexes que mystérieux, la chimie se place au cœur des grands défis que doit relever la société.

La chimie française est, depuis quelques années, en plein renouveau. Les chiffres sont flatteurs : plus de 80 milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et 3 milliards investis dans la recherche et le développement. Les acteurs académiques et industriels de la chimie française viennent ainsi de signer un accord de partenariat afin d’officialiser leur volonté d’agir ensemble pour trouver des solutions face aux enjeux planétaires liés à l’énergie et au changement climatique, à l’eau et à l’alimentation, à la santé, à la préservation des ressources et à l’environnement.

Chercheurs, enseignants et industriels de la chimie se sont ainsi réunis, le 18 mai 2009, à la Maison de la chimie à Paris, pour une journée de mobilisation sur le thème : La chimie, une ambition pour la France et l’Europe. A l’issue de cette journée, une charte a été signée par sept des principaux acteurs de la chimie en France. Objectif : élaborer des substances chimiques le plus proprement possible, en étudiant leur impact sur la santé et l’environnement, mais aussi penser autrement la chimie, la rendre plus attractive. « Nos actions devront s’inscrire dans la durée. Nous avons déjà mis en place un comité de coordination ad hoc à cet effet. Après des manifestations prévues en 2010, ces actions devraient trouver une première consécration en 2011, « Année Internationale de la Chimie », organisée sous l’égide de l’Union internationale de chimie pure et appliquée (IUCPA - International Union of Pure and Applied Chemistry) et décidée en décembre dernier par l’ONU », remarque Gérard Férey, membre de l’Académie des Sciences, président du Comité national de la chimie. La chimie est source de progrès et devient indispensable pour décrypter la matière qui nous entoure et nous constitue, or une image négative lui colle parfois à la peau. « Aujourd’hui, on associe trop souvent la chimie aux risques, à la pollution, à la toxicité, moins souvent à la préservation de l’environnement, aux médicaments, à l’innovation. Pourtant, la chimie est l’une des clés du futur », indique Gilberte Chambaud, professeur des Universités, directrice scientifique de l’Institut de chimie du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). .

Dans le domaine de la chimie, la France est le deuxième producteur européen et le cinquième mondial. Ce secteur industriel consacre 18 % de ses investissements à la protection de l’environnement et à la maîtrise des risques. Source d’innovations, la chimie constitue un moteur essentiel de développement économique pour toutes les industries. Les actions des professionnels se tournent de plus en plus vers l’environnement, la santé, la sécurité, où elles s’exercent dans différents domaines : la toxicologie, les nanomatériaux, l’électronique moléculaire, les biotechnologies, les ressources renouvelables, la catalyse, la gestion de l’énergie… « On a développé des démarches extrêmement complètes sur les économies d’énergie dans le domaine de l’habitat, en divisant par huit la quantité d’énergie utilisée, comme à Fontenay-sous-Bois. Nous sommes de plus en plus ouverts à ces actions. La chimie peut et doit apporter de nombreuses solutions », estime Olivier Homolle, président, notamment, de la Société chimique de France.
Comme l’observe Gérard Férey, « il faut convaincre l’opinion que la chimie est une science de vie, une science d’espoir en même temps qu’une source d’innovations bienfaitrices et un fort moteur économique. Il faut faire savoir que la chimie est une force qui va, au service de l’humanité » et les chimistes contribuent considérablement à l’amélioration de la qualité de la vie. Ils surveillent la pollution de l’air et de l’eau. Les stations d’épuration du CNRS représentent de remarquables sites d’études chimiques environnementales. Afin d’améliorer leurs résultats, les scientifiques disposent d’excellents outils d’analyse pour détecter les substances, comme l’amoxicilline, un antibiotique dont la présence dans l’environnement pourrait favoriser une plus grande résistance des bactéries. Le CNRS participe à de nombreux partenariats, nationaux et internationaux, basées sur la complémentarité. Ses activités sont menées en étroite collaboration avec le monde universitaire, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm), le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et les industriels.
Mais il existe d’autres secteurs d’activité où la chimie intervient : au musée, par exemple, lorsqu’elle permet aux historiens et aux archéologues de percer les mystères des œuvres d’art ou de reconstituer l’histoire d’un objet. Elle permet aussi aux scientifiques, mettant leur expertise au service du pouvoir judiciaire, d’agir contre la criminalité et la fraude, qu’il s’agisse de produits dopants ou de contrefaçons, notamment dans les domaines de l’agroalimentaire ou des produits pharmaceutiques. La chimie intervient également pour connaître davantage les phénomènes de transformations culinaires, afin de contrôler la qualité de notre alimentation. Autant de fonctions qui participent d’un savoir-faire et de méthodes de plus en plus subtiles d’analyse chimique, et où la France doit s’enorgueillir de ses connaissances et de son expérience reconnue à l’international.

Annik Bianchini

Dernière modification : 28/04/2010

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