Marseille, capitale européenne de la culture 2013

N° 43 – octobre 2008

Marseille, deuxième ville de France, fière de sa vocation euro méditerranéenne, nage dans la joie : elle a été choisie pour être en 2013 capitale européenne de la culture, conjointement avec la ville slovaque de Kosice. Un honneur qu’avaient connu avant elle Paris, Avignon et Lille et que lui disputaient cette année trois autres villes : Lyon, Bordeaux (inscrite en 2006 par l’Unesco sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité) et Toulouse. Au terme d’un grand oral de deux jours qui a permis aux quatre villes candidates restées en lice après une première sélection d’exposer leur projet, la Cité phocéenne a été élue à l’unanimité du jury. Parce que son programme, a précisé le président de ce jury, présentait « un équilibre particulièrement réussi entre la qualité culturelle, l’engagement politique et le soutien économique ».

Les messages de félicitations ont aussitôt afflué à « Marseille qui a érigé l’accueil en principe de vie et qui, depuis vingt-six siècles, cultive ses deux passions : la liberté et l’échange. Marseille qui conjugue avec bonheur la tolérance et le dialogue et qui a pris l’habitude et le goût des rencontres », Marseille devenue « un pôle de création artistique et technologique, un carrefour des cultures et une porte ouverte de l’Europe vers la Méditerranée ».

Le maire de Marseille, Jean-Claude Gaudin, s’est réjoui de la victoire « collective » remportée par le projet Marseille Provence 2013, qui implique 130 communes de neuf communautés d’agglomérations représentant plus de 2,2 millions d’habitants, avec l’appui de « 80 collectivités qui ont toutes une richesse extraordinaire ». Pour lui, le choix de sa ville comme capitale européenne de la culture 2013 est « une chance pour Marseille, une chance pour l’Europe ». Son credo : « nous voulons une ville pleine de générosité qui l’emporte sur son contraire : la haine ».

C’est en 1985, dans le cadre du Conseil européen, que Mélina Mercouri, alors ministre de la Culture de la République hellénique, a proposé de désigner chaque année une ville européenne de la culture pour « contribuer au rapprochement des peuples européens ». Ce label aujourd’hui très convoité est vite apparu comme porteur d’importantes retombées non seulement culturelles mais aussi économiques et touristiques, avec pour la France l’exemple particulièrement réussi de Lille 2004.

Ses rénovations architecturales, ses lieux de culture nouvellement créés dans d’anciens sites industriels transformés, ses nombreuses fêtes et manifestations populaires réparties dans toute la région, avaient permis à la ville du Nord de connaître un formidable boom touristique : 8 millions de visiteurs, 50 % de touristes étrangers en plus, 22 % d’emplois culturels créés en plus, une nette progression de la restauration et des commerces de détail, et un calcul de 6,5 euros gagnés pour un euro investi, en grande partie grâce au mécénat.

Marseille est partie à son tour pour suivre un ambitieux chemin et elle n’aura pas trop de quatre ans pour réaliser son programme, qui vise à « marier cultures savantes et cultures populaires » et qui comprend déjà près de 80 projets de spectacles, expositions, commandes artistiques, colloques, rassemblements populaires, rencontres européennes, ateliers. Le tout pour un budget de 98 millions d’euros dont 15 millions fournis par les entreprises, 14 millions par l’Etat plus une contribution d’un million de l’Union européenne, et le reste par les collectivités.

Jouant sur sa situation géographique, son passé de terre d’immigration et de ville-refuge et son expérience du partage et de l’intégration, la cite phocéenne a centré son projet sur le dialogue entre l’Europe et les rives africaines et moyen-orientales de la Méditerranée : Bernard Latarjet, le directeur de Marseille Provence 2013, a souligné après l’annonce de la victoire de sa ville sur ses concurrentes que les grandes questions culturelles qui se posent aujourd’hui à l’Europe étaient « très méditerranéennes » : ainsi les migrations , le racisme, les rapports hommes femmes, les conflits entre les cultures et les religions, l’avenir des ressources naturelles telles que l’eau. Il a suggéré que le jury européen avait sans doute voulu récompenser « la ville la plus cosmopolite, la plus interculturelle » avec « une expérience de l’intégration par la culture que n’ont pas d’autres villes ». Des thèmes conflictuels seront parfois les fils conducteurs des très nombreuses manifestations prévues d’ici à 2013. Ainsi les rapports hommes femmes autour de la Méditerranée seront au coeur d’une grande exposition intitulée « Sexes, genres et minorités » qui permettra aux artistes et aux philosophes de s’exprimer sur ce sujet brûlant.

L’élément phare du programme Marseille Provence 2013 sera le concept particulièrement original des Ateliers de l’Euro Méditerranée, défini comme « un grand projet européen de dialogue interculturel et de mobilité pour les artistes », dont la réalisation concrète constituera en Europe « une expérience inédite et exemplaire ». 200 à 250 de ces ateliers de formation et de création pour les artistes d’Europe et de la Méditerranée seront crées d’ici à 2013, essentiellement dans les entreprises mais aussi dans les laboratoires, les écoles et les institutions culturelles du territoire de Marseille Provence. Ouverts aux artistes, aux chercheurs et aux scientifiques, ils seront, explique Bernard Latarjet, « des lieux de création et de transmission de maître à élève, pas seulement du Nord vers le Sud mais aussi du Sud vers le Nord ». Dix ateliers pilotes ont déjà été créés en 2008 pour tester le projet et aussi la mobilisation des acteurs en sa faveur.

Le concept inédit de ces Ateliers, dont la mission et les activités se poursuivront au-delà de 2013, vise à faire de Marseille Provence « une plateforme européenne de coopération culturelle avec les acteurs et les pays d’Europe et de Méditerranée dans toutes les disciplines artistiques et culturelles ».

Deux axes, l’un international intitulé le partage des midis, l’autre local qui emprunte à Le Corbusier le nom célèbre de "la cité radieuse", sont prévus pour le choix des projets à réaliser par ces ateliers entre 2009 et 2013 et qui seront poursuivis au-delà. Deux nouveaux festivals européens eux aussi appelés à devenir pérennes seront créés : InterMed, pour « faire l’état des lieux de la création contemporaine méditerranéenne », et Via Mars, portant sur la rencontre de l’art et de la ville, avec les nouvelles formes d’intervention artistique dans l’espace public.

Six films seront commandés sur le rôle de la femme en Méditerranée, tandis que des sujets aussi variés que le partage de l’eau, les peintres et la Méditerranée, le partage de la mémoire Rom, mobilité et migrations en Europe et en Méditerranée, partage des lieux saints en Méditerranée, seront illustrés. On se penchera aussi sur les théâtres de la peste, marché central : le théâtre des cuisines, ou les voiles de la mode. Des créations confiées à des artistes d’Europe et de Méditerranée seront présentées sur La digue du large, site emblématique de l’identité marseillaise. L’année 2013 verra également la première Biennale internationale des Arts du Cirque et une fête foraine des artistes d’Europe.

Un grand espoir : l’ouverture tant attendue du Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (MUCEM), un projet en chantier depuis plusieurs années mais qui dépend d’un « important effort financier de la part de l’Etat. Le MUCEM est l’un des dix chantiers d’établissements culturels comme l’Institut méditerranéen de la recherche avancée, la Cité des arts de la rue ou le Fonds régional d’art contemporain (FRAC), que l’on espère voir achevés fin 2012.

Une ombre tutélaire veillera sur Marseille, capitale européenne de la culture : celle de l’écrivain Albert Camus, dont on célébrera en 2013 le centième anniversaire de la naissance. Une exposition intitulée Camus et la Méditerranée sera consacrée aux valeurs humanistes qu’il défendait, un colloque évoquera Camus et la pensée de midi et un opéra inédit d’après l’une de ses pièces, sans doute Les Justes, sera créé.

Et de 2009 à 2013 des programmes euro méditerranéens seront présents dans tous les grands rendez-vous culturels internationaux de la Provence, comme les rencontres internationales de la Photographie à Arles, le festival d’art lyrique et les écritures croisées à Aix en Provence, le festival de piano de la Roque d’Anthéron ou le festival de cinéma arabe à Marseille.

Claudine Canetti

Dernière modification : 29/04/2010

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