Michelin 2009 : la centième édition du guide Michelin France

N° 13 - avril 2009

Le Guide Michelin France fête en 2009 sa centième édition. Mais attention, ce n’est pas son centième anniversaire, largement dépassé puisqu’il est né en 1900, destiné à l’origine à faciliter les déplacements des automobilistes alors bien peu nombreux (à peine 2.900) à sillonner les routes de France. Ces voyageurs intrépides étaient à l’époque surtout préoccupés de savoir où se trouvait le dépôt d’essence le plus proche (parfois... chez un boulanger) et comment réparer une panne ou changer un pneu... Michelin. Cet écart de 9 ans avec l’anniversaire est dû au fait que le Guide Michelin n’est pas sorti pendant les deux guerres mondiales, ni en 1921, année où parut à sa place une collection de guides illustrés des Champs de bataille pour promouvoir les pèlerinages dans les régions dévastées par la Première guerre mondiale, en mémoire de tous ceux tombés au champ d’honneur, et pour aider à comprendre leurs actions sur les lieux des combats.

Inventé par les frères Edouard et André Michelin, alors à la tête de la Manufacture de Caoutchouc créée en 1889 à Clermont-Ferrand et qui tous deux croient fermement à l’avenir de l’automobile encore balbutiante, le petit Guide rouge qui immortalisera leur nom, « offert gracieusement aux chauffeurs », est destiné à améliorer la mobilité des voyageurs... et donc favoriser les ventes des pneus Michelin. « Cet ouvrage paraît avec le siècle, il durera autant que lui », lit-on dans l’avant-propos de ce premier volume, tiré en août 1900 à près de 35 000 exemplaires et distribué gratuitement dans les garages et chez les revendeurs de pneus. Ce guide, dont une nouvelle édition paraîtra chaque année et qui fournira au chauffeur tous les renseignements utiles pour approvisionner et réparer sa voiture, doit aussi « lui permettre de se loger et de se nourrir ». On est pourtant encore bien loin de l’idée des étoiles qui n’apparaîtront qu’à la fin des années 1920 et deviendront plus tard le fer de lance ultra-prisé et ultra-médiatisé du guide Michelin.

Pour assurer sa publicité, le guide dispose dès sa naissance d’un atout considérable : Bibendum, le Bonhomme Michelin en caoutchouc blanc inventé en 1898 pour la jeune manufacture Michelin par le dessinateur O’Galop (pseudonyme du peintre et dessinateur humoristique Marius Rossillon) et dont la popularité ne cessera de grandir - à tel point qu’il décrochera en 2000 le prix du Logo du siècle.

Dès sa première édition le guide adopte le « langage » visuel et universel des pictogrammes, ces fameux petits symboles qui ont beaucoup fait pour l’identité du guide Michelin et qui reflètent, en même temps que la modernisation de l’industrie hôtelière française, l’évolution de la société au cours d’un siècle, depuis la cuvette et la bougie jusqu’aux connections Internet. Au début des années 1930 apparaîtra parmi les critères de sélection une nouvelle préoccupation : la tranquillité.

En 1904 paraît le premier guide hors des frontières françaises, en Belgique. Il ouvre la voie à une collection de publications sur les pays étrangers qui aboutira fin 2008 à une liste de 26 guides et 23 pays couverts, jusqu’à la république populaire de Chine avec la publication, en chinois et en anglais, du guide Hong-Kong-Macao. Les grandes étapes hors de l’Europe de cette dimension internationale du guide Michelin commenceront aux Etats-Unis avec l’arrivée du guide à New-York en 2005, suivi en 2006 par celui de San Francisco et en 2007 par ceux de Los Angeles et Las Vegas. En Asie c’est à Tokyo que le guide débarque en premier, en 2007 (en japonais et en anglais), puis en Chine en 2008.

Côté traductions, la première édition du guide Michelin France en version anglaise a paru le 15 Juillet 1908, avec Bibendum animant un lexique de six pages pour aider les lecteurs anglophones à se débrouiller dans toutes les situations. En 1911 six guides sont traduits en anglais, avec un succès que Michelin qualifie de « monumental » : empilés les uns sur les autres, ils auraient atteint 60 fois la hauteur de la cathédrale Saint-Paul à Londres ! Ce sont les guides Iles britanniques, France, Allemagne et Alpes-Rhin (tous deux également publiés en allemand), Espagne-Portugal (paru aussi en espagnol), et Pays du Soleil (Italie du sud, Sicile, Corse et Riviera française, Algérie, Tunisie, Egypte).

Tout cela est toujours distribué gratuitement. Mais en 1920 le guide devient payant : André Michelin vient de découvrir avec indignation, en passant chez un distributeur de pneus, que des guides servent à caler les pieds d’un établi. De ce jour il décide qu’ils seront vendus car « l’homme ne respecte vraiment que ce qu’il paye ». C’est aussi pour les deux frères une aide financière bienvenue, car en 1908 ils ont supprimé la juteuse publicité hôtelière entrée dès 1901 avec succès dans le guide Michelin, pour qu’on ne puisse pas soupçonner Bibendum, grand donneur de conseils aux voyageurs, d’être à la fois juge et partie, ce que craignaient les lecteurs du guide. Leurs propres appréciations étaient d’ailleurs apparues très vite, car dès le tout premier guide on avait demandé aux automobilistes de remplir des questionnaires précis. « Sans eux, disaient les frères Michelin dans leur avant-propos, nous ne pouvons rien. Avec eux, nous pouvons tout ». Ils étaient ainsi en quelque sorte les lointains ancêtres du redoutable corps d’inspecteurs qui allait un demi-siècle plus tard faire trembler le monde de la gastronomie ...

C’est en 1926 qu’apparaît pour la première fois l’étoile de bonne table pour les restaurants cités dans le guide. La deuxième et la troisième étoiles naissent en 1931 pour la province et en 1933 pour Paris. Bibendum est désormais coiffé d’une toque de chef pour aider les gourmets à choisir les lieux de leurs repas : une étoile signifie « une très bonne table dans sa catégorie », deux étoiles, « mérite le détour », trois étoiles, « vaut le voyage ». L’impact psychologique est considérable et très vite, lorsque paraîtra chaque année le guide Michelin, l’on ne parlera pratiquement plus que des étoiles, que tous les chefs rêvent d’obtenir en espérant monter en grade. En France, le doyen des chefs étoilés conserve ses trois étoiles depuis 44 ans !

L’histoire réserve parfois des épisodes inattendus. Ainsi pendant la Deuxième guerre mondiale comme pendant la Première le guide n’a pas paru. Mais au printemps 1944, pour le débarquement des soldats américains en Normandie, l’Etat-Major Allié craint que leur progression dans les villes françaises ne soit ralentie par la destruction de toutes les signalisations par l’occupant. Avec l’accord de la direction de Michelin, il fait reproduire à Washington la dernière édition du guide, celle de 1939, pour ses centaines de précieux plans de villes. Guides remis aux officiers avec la mention « For Official use only ». Et après la libération de Paris plus de deux millions de cartes du Nord et de l’Est de la France, de la Belgique et de l’Allemagne ont été imprimées et fournies aux Alliés pour faciliter leur progression. Autre grand événement historique : la chute du mur de Berlin en novembre 1989, qui entraîne une refonte complète du guide Allemagne pour y intégrer l’immense territoire de l’Allemagne orientale.

Le guide Michelin France 2009, publié en versions française et anglaise comme le guide de Paris, compte 26 restaurants trois étoiles, 73 deux étoiles et 449 une étoile, plus 527 « Bib gourmands », une mention spéciale signalant les restaurants offrant un excellent rapport qualité-prix.

La galaxie Michelin dans le monde comprend en tout 73 « trois étoiles », 26 en France et 47 répartis dans 11 autres pays dont 9 en Allemagne et au Japon, 6 en Espagne et aux Etats-Unis et 5 en Italie. Mais attention aux doublets ! L’homme le plus « étoilé » du monde, un chef français bien entendu, totalise à lui seul 25 étoiles étincelant dans plusieurs pays, dont la Chine, le Japon ou les Etats-Unis, où il officie avec des disciples qui sont en général des anciens élèves. Il existe actuellement 72 chefs « triples étoilés » au monde.

Pour sa centième édition, 100 artistes confirmés et élèves d’écoles d’art, sélectionnés sur concours, ont réinterprété la couverture du guide Michelin France pour en faire des guides « oeuvres d’art ».

Claudine Canetti

Dernière modification : 23/04/2010

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