My Touraine is rich

N° 15 – Mars 2008

Chaque année, des centaines d’étudiants étrangers convergent vers Tours (Indre-et-Loire) et sa région. Objectif : apprendre et pratiquer la langue française à l’endroit même où, dit-on, elle est parlée de la plus belle façon.

Légende ou pas, il faut bien reconnaître que cette réputation faite à la Touraine d’héberger le français le plus « pur » ne date pas d’hier. François Rabelais, le père de Gargantua, prince de la dérision et de la truculence, le relève dès le 16e siècle dans la bouche de Panurge s’adressant à Pantagruel. « Savez-vous parler français ? », demande ce dernier à son ami. « Très bien, répond celui-ci, car je suis né et ai été nourri jeune au Jardin de France, en Touraine ». Même si l’on ne peut pas parler de « patois », le français de cette région, notent les auteurs du Dictionnaire du français régional de Touraine (1), présente pourtant des traits différents de la langue générale. Le tourangeau des origines a des échos de « vieux françois » qui réjouissent l’oreille et l’esprit.

80 000 étudiants formés

A Tours, donc, chaque année, se pressent des étudiants venus du monde entier. Ils viennent fréquenter l’espace de quelques semaines, quelques mois pour les plus aisés, les bancs de l’Université François-Rabelais ou ceux d’organismes privés spécialisés, comme l’Institut de Touraine, bientôt centenaire, dont les générations de professeurs s’enorgueillissent d’avoir formé quelque 80 000 jeunes étrangers aux rudiments, voire aux subtilités, de la langue française.

En l’espace de trois ans, pas moins de 130 nationalités ont été représentées à l’Institut. Sur son site Internet (2), l’école indique l’origine géographique de ses étudiants : 31% sont des ressortissants européens, 30% arrivent d’Amérique du Nord, 28% des pays d’Asie, les autres d’Afrique, du Moyen-Orient et d’Amérique du Sud. Ce multiculturalisme s’affiche au cœur de la vieille ville, clémence du ciel aidant, aux terrasses des cafés de la Place Plumereau – « Plume » pour les habitués - fermée par les façades à colombages de ses maisons médiévales.

Les Chinois en grand nombre

Jean Germain, le maire, ancien président de l’Université de Tours, se réjouit de cette reconnaissance internationale. L’exceptionnelle situation de Tours au cœur de la Région Centre - 56 minutes de Paris en train à grande vitesse, et à peine plus de Londres, grâce à un vol quotidien - séduit particulièrement les Américains. La municipalité entretient des relations suivies avec les universités de Bucknell (Pennsylvanie) et de Rutgers (New Brunswick). « Pour eux, remarque Jean Germain, Tours est une véritable porte de l’Europe. Profitant d’un séjour de deux mois, il n’est pas rare que les étudiants américains et leurs familles consacrent deux ou trois déplacements à Paris et d’autres capitales européennes ».

L’implantation à Tours d’un Lycée japonais, en 1991, a également ouvert la ville aux Asiatiques. Mais désormais, ce sont les Chinois les plus nombreux, avec un contingent de 600 élèves ! « Ils sont impressionnants, confie Jean Germain. Lorsqu’ils ont appris notre langue, ils parlent tous un français impeccable, sans accent ! »

Qualité de l’intégration

Aux petits soins pour ces futurs ambassadeurs de la culture française et tourangelle, la mairie de Tours organise deux fois par an une cérémonie d’accueil en grande pompe dans les salons de l’Hôtel de ville, et ouvre un guichet unique, à chaque rentrée, pour faciliter les formalités administratives.

L’efficacité des structures scolaires ou universitaires n’explique cependant pas entièrement le succès de la formule. Le mérite en revient en grande partie aussi à la qualité de l’intégration des étudiants, logés pour la plupart chez l’habitant. A Tours, quelque 350 foyers hébergent ainsi un ou plusieurs jeunes étrangers. Au « Nonante », sa maison de tuffeau aménagée avec beaucoup de goût, Geneviève Dhommée, attachante maman de substitution quadrilingue et figure emblématique des familles d’accueil depuis plus de vingt ans, ne plaisante pas avec l’accord des participes et la conjugaison. L’oreille aux aguets, elle intervient gentiment, mais fermement, dès que ses hôtes sont tentés de se laisser aller à parler… anglais : la défense de la langue française passe avant tout.

Une faiblesse pour Jules Verne

Aziz, 20 ans, un Saoudien souriant (le Royaume a envoyé 60 boursiers en France en 2007, dont 6 à Tours), a choisi ce mode d’hébergement pour poursuivre un programme chargé : cours de langue à l’Institut de Touraine et cours préparatoires à la faculté pour une première année de médecine. Lui, qui ne savait dire que « Bonjour » et « 1, 2, 3 » il y a deux ans, s’exprime aujourd’hui avec facilité et supporte sans broncher les bavards au débit soutenu.

« Si j’ai choisi la France, explique-t-il, c’est parce que ma mère y avait séjourné avant son mariage. Elle m’a beaucoup parlé du pays, de sa culture… des livres aussi ! ». Aziz aime Victor Hugo et avoue une faiblesse pour Jules Verne, « le meilleur dans son domaine ! ». Honoré de Balzac, René Descartes, Alfred de Vigny, Pierre de Ronsard, tous natifs des bords de Loire, et même Léonard de Vinci, tourangeau sur le tard, en seront pour leurs frais : question notoriété ils devront attendre encore un peu.

Bruno Le Marcis

(1) Par Jean-Pascal Simon et Marie-Rose Simoni-Aurembou. (Editions Bonneton)
(2) Institut de Touraine : www.institut-touraine.asso.fr
(3) http://host-family.webtours.fr

Dernière modification : 28/04/2010

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