Objectif Mars…

N° 11 - mars 2009

« Les passagers sont invités à vêtir leur combinaison spatiale, le temps de vol est estimé à 250 jours et la température à destination est de – 63°C … » En attendant de vivre, dans un avenir plus ou moins proche, une telle expérience aux confins de la galaxie, l’Agence européenne spatiale (ESA) s’est penchée sur une donne scientifique essentielle à la préparation des futurs vols habités à destination de Mars, à savoir l’étude des effets d’un confinement prolongé loin de la Terre sur le corps et l’esprit humain. Au cœur de cette simulation hors norme, quatre Européens (trois Français et un Allemand) vont entamer, à partir du 31 mars à Moscou, cette expérience qui devrait fournir de précieuses informations à l’ensemble de la communauté scientifique internationale.

Après des mois de sélections, l’Agence spatiale européenne (ESA) a choisi parmi 5.600 candidats les quatre volontaires qui, à la fin du mois, prendront part à la simulation d’un voyage sur la planète rouge. L’Allemand Oliver Knickel, ingénieur dans l’armée allemande et le Français Cyrille Fournier, pilote d’Airbus A-320 forment l’équipage principal, celui qui participera effectivement, aux côtés de quatre Russes à l’expérience de simulation dans une installation de l’Institut russe pour les problèmes biomédicaux (IBMP). Deux autres Français, Cédric Mabillote et Arc’hanmael Gaillard, tous deux ingénieurs, seront leurs doublures, prêts à remplacer les titulaires jusqu’au dernier moment, si nécessaire.

« Ces quatre hommes sont très motivés, indique la responsable du programme Mars500 pour l’ESA, Jennifer Ngo-Anh. Ils sont bien sûr courageux et ambitieux. Ils ont montrés des qualités pour le travail en équipe, ce qui en fait des candidats idéaux ».

Les « spationautes » européens et russes simuleront un vol de 105 jours, dans ce qui sera une étude « précurseur » avant qu’une autre équipe s’isole, plus tard dans l’année, pendant les 520 jours correspondant au temps nécessaire pour se rendre sur Mars (250 jours), y rester un mois et en revenir (240 jours). Le but de cette mission est de réunir des informations sur les effets de l’isolement sur différents aspects psychologiques et physiologiques tels le stress, la régulation hormonale, l’immunité, le sommeil, l’alimentation ou l’humeur.

Une fois dans le module de 200m² constitué de grandes cuves métalliques reliées entre elles par des sas – reproduction de l’intérieur d’une vraie navette -, les volontaires vivront dans les conditions exactes d’un vol interplanétaire. Même si certains paramètres sont exclus comme la problématique des rayons cosmiques, il n’en demeure pas moins que l’équipage vivra au plus près les conditions réelles d’une éventuelle mission pour Mars. Leur journée se basera sur le rythme des « trois huit » : huit heures de travail, huit heures de loisirs, huit heures de sommeil. Dans leur espace de vie confiné, ils suivront un entraînement physique intense accompagné de plusieurs tests, ils conduiront de nombreuses expériences scientifiques ainsi que des manipulations de surveillance du vaisseau spatial. Le contact avec le centre de contrôle et leur famille sera décalé de 20 minutes pour simuler la distance les séparant de la Terre, et leur nourriture, dont-ils devront gérer le stock, sera la même qu’à bord de la Station Spatiale Internationale.

Les « spationautes » ont subi à la mi-mars une batterie de tests physiques et psychologiques qui serviront de référence pour être comparés aux résultats collectés pendant l’expérience.

« Mars500 est un projet unique pour rapprocher l’Homme de Mars et c’est un défi personnel que d’y prendre part, affirme Olivier Knickel. Je veux y aller, ne pas abandonner et terminer la mission », ajoute t-il.

A moins d’une semaine du début de l’expérience, les six membres de l’équipe principale s’appliquent avant tout à mettre au point les expériences qu’ils conduiront pendant la période d’isolement. « Plus de quarante équipes scientifiques du monde entier sont impliquées dans le projet, et si nous voulons leur donner les meilleurs résultats possibles, nous devons maîtriser la moindre étape de la moindre expérience », déclarent Olivier Knickel et Cyrille Fournier dans leur dernier communiqué conjoint avant leur entrée dans le complexe.

« Evidemment, nous passons également notre temps libre à jouer au bowling tous ensemble, à regarder des matchs de football dans des bars, ou à profiter des nombreuses opportunités culturelles offertes par Moscou, comme le ballet ou le cirque », ajoutent-ils, tout en rappelant leur concentration et leur motivation à réussir ce à quoi ils s’entraînent depuis deux mois.

« C’est une expérience unique au cœur des activités spatiales humaines, indique Cédric Mabilotte. Ce sera une histoire à raconter à nos petits-enfants. »

Romain Zamora

Dernière modification : 23/04/2010

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