Philippe Fuchs, coureur du monde

N° 27 - juillet 2009

L’an dernier, il s’est rendu à pied de Paris à Pékin, pour arriver à l’ouverture des Jeux Olympiques. L’ultra marathonien Philippe Fuchs court le monde. Une aventure sportive et humaine, qui partout suscite curiosité et solidarité. Une aventure scientifique, aussi, puisqu’elle s’accompagne de recherches sur l’endurance et la biomécanique et doit déboucher sur une première, la modélisation d’un pied virtuel aux applications multiples.

On imagine un marathonien, de surcroît ingénieur enseignant à la prestigieuse école des Mines de Paris (aujourd’hui appelée Mines ParisTech), comme un homme austère, rivé sur ses performances et ses recherches. Or, on le découvre affable, plus disert sur les personnes et les paysages rencontrés que sur ses exploits. En fait, Philippe Fuchs est un rêveur et un randonneur : 50 à 70 km par jour, pas plus. « Si quelqu’un veut me montrer quelque chose, je m’arrête ! Je ne fais pas de la compétition. Ce qui m’intéresse, c’est la découverte », souligne-t-il.

Il a débuté à 36 ans (il en a aujourd’hui 58), en se lançant le défi de parcourir un Nantes-Mont-Saint-Michel : « Trois jours, cela me paraissait énorme à l’époque ! » sourit Philippe Fuchs. « Ensuite, j’ai couru pendant dix jours pour me rendre à une réunion de famille. J’ai alors découvert mes capacités. Les réactions qui m’ont accueilli m’ont montré mon originalité : en général, on fait de la randonnée à vélo, à cheval, en marchant, pas en courant ! » Il a depuis suscité le même étonnement dans tous les pays traversés : « Les gens vous accueillent chaleureusement parce que vous avez fait un effort physique pour aller les voir. En Scandinavie, quand le magasin était fermé, ils le faisaient rouvrir. Je suis souvent reçu chez l’habitant ».

Les Jeux Olympiques de Barcelone sont les premiers qu’il est allé voir en courant, en 1992. En 1995, il a effectué une randonnée de 3200 km, jusqu’au Cap Nord, le point le plus septentrional d’Europe, avant de s’attaquer au point le plus au sud : Gibraltar. Pour rallier les Jeux Olympiques d’Athènes, en 2004, il a parcouru 2400 km. Mais Paris-Pékin, c’était une tout autre aventure : il s’agissait de traverser des pays peu connus - et le redoutable désert de Gobi : « Le principal risque là-bas est de se blesser. Il faut parcourir 700 km de piste en tôle ondulée, par 40° à l’ombre… sauf qu’il n’y a pas d’ombre ! ».

Là encore, il a sans cesse été invité, passant la nuit sous des yourtes, « mais il ne fallait pas trop que je m’attarde, il ne s’agissait pas d’arriver après les JO ! » Il s’extasie sur les petits villages autour de la capitale chinoise, « complètement en dehors des zones touristiques, où cent personnes m’attendaient à l’entrée et où j’étais continuellement encouragé sur le bord des routes ».

Certes, il a eu quelques difficultés aux frontières, le camping-car qui l’accompagnait, avec le matériel permettant notamment de suivre sa progression par satellite, a suscité pas mal d’interrogations… Pour le passage entre la Russie et la Mongolie, il a été aidé par l’université de Novossibirsk, le secrétariat français aux Sports et l’ambassade de France en Chine. Enfin, il a atteint la Grande Muraille et Pékin, avec une escorte de sept policiers, deux accompagnateurs, un chauffeur et une réception à la mairie. Une arrivée de star !

Tout au long de cette épopée, le marathonien était équipé d’un matériel discret, mais efficace : « Aujourd’hui, nous disposons de capteurs très performants », constate-t-il. « Les mesures de ma fréquence cardiaque étaient effectuées toutes les cinq secondes, puis transmises instantanément et analysées au jour le jour. Une semelle spéciale mesurait les forces et les efforts fournis en chaque point de mon pied avec une précision impressionnante ».

Un professeur de physiologie de Saint-Etienne a étudié la modification de ses foulées et analyse maintenant son endurance. Un autre partenaire du randonneur, le laboratoire de biomécanique d’une importante enseigne française du sport, utilise ces études pour concevoir de nouvelles chaussures. Pour sa part, Philippe Fuchs travaille avec son partenaire Dassault Systèmes, leader mondial de logiciels de conception assistée par ordinateur, spécialiste des simulations virtuelles et avec l’Institut des sciences du mouvement de Marseille, à la modélisation de son pied. Lorsque ce pied virtuel, une première mondiale, sera mis au point, il sera très utile en milieu hospitalier, pour les exercices de rééducation notamment. Par la suite, le pied étant un organe particulièrement complexe, il deviendra possible de modéliser tout le corps. Il s’agit de grandes avancées dans des domaines jusqu’alors peu explorés.

Philippe Fuchs songe maintenant à rallier les Jeux Olympiques de Londres. Une bagatelle pour lui, mais il a entraîné dans l’aventure des habitants de son village, Bures-sur-Yvette, en région parisienne, dont la mairie l’a toujours soutenu : « Faire courir les autres, c’est encore plus dur ! », sourit-il. Il donne des conférences dans le monde entier, écrit des livres. Il reste en contact via son site Internet avec les personnes rencontrées durant ses voyages. Et il raconte ses plus beaux souvenirs : « Les troupeaux de chevaux du nord de la Mongolie, les petits villages isolés dans les montagnes du Monténégro, les villages en fête des îles croates, traversés sous un quart de lune… Inoubliable ! ».

Sylvie Thomas

Site Internet : http://share-vplusr.3ds.com/fr/

Dernière modification : 28/04/2010

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