Roland Garros, le tournoi historique joue une balle de match pour son avenir

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Affiche_Roland_Garros

Roland Garros, le célèbre tournoi de tennis, pourrait-il quitter Paris ? C’est bien la balle en jeu en ce moment alors que viennent de s’achever les Internationaux de France 2010. Victime de son succès, le stade historique situé Porte d’Auteuil, dans le XVIème arrondissement, est désormais trop à l’étroit pour satisfaire public et joueurs.

Une averse s’abat sur la terre battue et autant de frustrations. Le match doit s’interrompre ; en plein set. Les spectateurs maugréent et les joueurs voient retomber l’adrénaline et monter la frustration. Roland Garros, ce stade au nom de pionnier de l’aviation, n’est pas encore équipé de toit rétractable permettant de mépriser les intempéries et de ne plus interrompre la passion du jeu.

Contraints et forcés à la pause, des milliers de spectateurs se fraient un chemin difficile vers les buvettes et les restaurants du complexe, quant ils ne s’évertuent pas, avec patience, à faire la queue devant les toilettes. Les joueurs, quant à eux, jouent des coudes entre équipes techniques, suiveurs et coach, tous contraints à une promiscuité délicate entre compétiteurs.

Il faut se rendre à l’évidence : le stade installé Porte d’Auteuil depuis 1920 ne correspond plus aux besoins d’une des compétitions phares du tennis mondial qui draine environ 35.000 spectateurs par jour, un chiffre en constante augmentation, soit environ 424.000 spectateurs durant les quinze jours que dure la compétition.

L’histoire commence en 1927, de l’autre côté de l’Atlantique, les mousquetaires du tennis français, Jacques Brugnon, Henri Cochet, Jean Borotra et René Lacoste, remportent la coupe Davis. Les joueurs reviennent en héros à Paris mais, après la revanche, il faut préparer la belle qui se jouera sur sol français. La Fédération française de tennis qui a ouvert sa compétition aux joueurs étrangers deux ans auparavant reçoit du Stade français un terrain de trois hectares ; le stade de tennis surgit de terre et sera baptisé du nom d’un membre du club, décédé et pionnier de l’aviation.

Aujourd’hui, Roland Garros a gagné sa place dans les quatre compétitions majeures organisées par la Fédération internationale de tennis. Ce qu’on appelle le Grand Chelem, par référence au bridge, et qui fait briller les yeux des tennismen voulant remporter les quatre trophées : US Open, Wimbledon, Open d’Australie et Roland Garros.

Car remporter Roland Garros n’est pas une mince affaire. Dernière compétition du Grand Chelem à encore se jouer sur terre battue, elle garde une réputation prestigieuse et difficile. En effet, sa surface lente, ainsi que ses matchs de cinq sets sans jeu décisif, constituent de véritables défis pour les joueurs. Affronter Roland Garros équivaut à se préparer à des moments difficiles où sa condition physique sera grandement mise à l’épreuve. Et c’est justement cette exigence qui déclenche les passions des aficionados, qui saluent le courage et l’opiniâtreté des joueurs. Notamment en Amérique Latine et en Europe du Sud, où l’on joue traditionnellement sur terre battue, on salue la différence et le défi du « French Open ».

C’est pour continuer à faire rêver et enthousiasmer que la Fédération française de tennis réfléchit à plusieurs solutions pour donner à Roland Garros des capacités d’accueil à la hauteur de son prestige.

Première option étudiée : rester dans le stade historique qui s’étend sur 8,5 hectares, loué par la Mairie de Paris, mais équiper rapidement le court principal d’un toit rétractable et installer provisoirement le Village du tournoi dans le Bois de Boulogne tout proche. Cataplasme sur une jambe de bois pour ces détracteurs, cette solution, pourtant, ne suffira pas pour égaler en surface et en confort les autres tournois du Grand Chelem qui prospèrent dans 15 à 20 hectares d’installations.

La deuxième solution, beaucoup plus radicale, serait d’envisager un déménagement du site hors de la capitale mais qui pourrait s’inscrire dans le projet du Grand Paris. Quatre localisations sont envisagées pour le moment. Tout d’abord, un espace dans les banlieues nord de Paris, qui accueillent déjà le Stade de France. Le nouveau site profiterait alors de la proximité des aéroports de Roissy Charles de Gaulle et du Bourget, et serait de plus desservi par un axe autoroutier important. Plus éloigné de Paris, mais disposant d’une infrastructure appréciable (hôtels et transports), le site de Marne-La-Vallée où est déjà implanté Eurodisney, offre 35 hectares de terrain. Au sud de Paris, l’hippodrome d’Evry permettrait une implantation sur cent hectares. Enfin, le long du site extraordinaire du château de Versailles, le site d’une ancienne caserne permettrait de substituer les balles jaunes aux balles à blanc. Quelque soit le choix du lieu, la création d’un tel complexe aura un coût : il est évalué à 600 millions d’euros par la Fédération française de tennis, soit trois fois plus que l’option du réaménagement. Il pourrait cependant être rentabilisé en dehors des deux semaines de compétition en y organisant d’autres évènements sportifs ou des concerts.

Quitter le site historique serait douloureux pour nombre de spectateurs et de joueurs qui y ont vécu tant d’émotions, pourtant un déménagement de Roland Garros optimiserait durablement l’accueil du public comme des sportifs, dans le pur esprit du French Open basé sur le plaisir du tennis. Nostalgie et choix d’avenir, la décision sera prise au plus tard en février 2011 par la Fédération française de Tennis. Quelque soit la suite, l’esprit des mousquetaires ne quittera pas le tournoi de sitôt.

Pascale Bernard

Dernière modification : 10/06/2010

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