Voyage à bord du mythique Orient-Express

N° 18 – Avril 2008

Le Venice Simplon Orient-Express est certainement le train le plus célèbre du monde. En 1883, il inaugure une carrière légendaire en parcourant l’Europe, de Paris à Istanbul. Têtes couronnées, célébrités, personnalités politiques, hommes d’affaires, femmes du monde ont voyagé à bord de ses voitures bleues et or et en ont fait sa réputation. Aujourd’hui, la prestigieuse compagnie propose de nombreux itinéraires ayant pour destination Venise, Prague, Budapest, Vienne, Varsovie, Cracovie, Istanbul, ainsi que des parcours au Royaume-Uni, en Ecosse ou en Asie.

Sur le quai de la gare de l’Est, à Paris, l’Orient-Express ne ressemble à aucun autre train. Il faut bien reconnaître qu’il a beaucoup de chic, en livrée bleue nuit rehaussée d’un filet d’or et son emblème de bronze doré. Dès que l’on franchit la porte de l’une des voitures, on pénètre dans l’univers de la Belle Epoque, imprégné de raffinements subtils des années 1930, tout en parcourant l’Europe du vingt-et-unième siècle.

Par un couloir tapissé d’acajou, le passager est conduit à sa cabine. Un éclairage légèrement tamisé crée l’ambiance. Bercé par le bruit des roues sur les rails et par les soubresauts du convoi, il est transporté vers les confins de l’Europe, pour atteindre la fascinante Istanbul, passerelle entre l’Orient et l’Occident.

Tout commence en 1872, lorsqu’un jeune constructeur belge, Georges Nagelmackers, à l’occasion d’un voyage aux Etats-Unis, est inspiré par le réseau ferroviaire américain, très étendu, et les opulents wagons pullman. Il décide de concrétiser sa vision du train de l’avenir. L’Orient-Express est inauguré le 4 octobre 1883. C’est le début d’une nouvelle forme de voyage teintée de mystère et d’exotisme. En moins d’une décennie, l’Orient-Express s’impose comme le train de luxe le plus prestigieux et le plus rapide au monde. Les voitures sont toutes différentes. Elles symbolisent le luxe et la haute société à laquelle appartiennent les grands noms de la politique, les aristocrates et les patrons du monde de l’industrie.
L’Orient-Express devance, de quinze ans, le Transibérien qui s’élancera vers l’Est en 1898. Le premier itinéraire menait à Giurgiu en Roumanie, via Vienne, Budapest et Bucarest. En 1906, le percement du tunnel du Simplon, reliant l’Italie à la Suisse, lui ouvre les portes de Venise. Il devient le Venice Simplon Orient-Express et, dès 1921, relie Paris à Constantinople via Venise et Trieste ; c’est l’âge d’or de ce train légendaire.

Pour accueillir une clientèle cosmopolite, la Compagnie des Wagons-lits crée en 1894 des établissements de luxe à travers le monde : le Vera Palace à Constantinople, le Grand Hôtel des Wagons-lits de Pekin, l’Elysées Palace sur les Champs-Elysées à Paris, l’Avenida Palace à Lisbonne. Célébrités, aristocrates, femmes du monde, hommes d’affaires, responsables politiques voyageaient à bord de ce train et en forgèrent sa réputation.

En réalité, l’Orient-Express est, dès son lancement, plus qu’une simple liaison ferroviaire. En effet, Georges Nagelmackers, décidément bien inspiré, souhaite que l’Orient-Express soit « le train de l’Europe », afin d’unifier l’Est et l’Ouest de l’Europe. Quand Ataturk, le nouveau dirigeant progressiste de la Turquie, prend le pouvoir en 1923, il évoque l’Orient-Express comme le symbole de la technologie moderne et de la coopération avec l’Europe.

Ce train mythique a inspiré poètes et romanciers amateurs de voyage : de Colette à Graham Green, de Valérie Larbaud à Vladimir Nabokov, de Joseph Kessel à Hemingway, de Paul Morand à Agatha Christie, nombreux sont ceux qui ont mis en scène l’Orient-Express. Il n’est guère surprenant qu’Agatha Christie ait choisi cette atmosphère pour signer son best-seller, Le Crime de l’Orient-Express. Cette ligne de chemin de fer était, par ailleurs, un moyen très apprécié pour voyager discrètement au cœur de l’Europe. Mata-Hari, la belle espionne au funeste destin, aurait participé à certains rendez-vous d’espions protégés par le secret des cabines.

L’invasion de la France par Hitler met fin au service régulier de la ligne Londres-Istanbul. Après la Seconde Guerre mondiale, l’univers magique de l’Orient-Express s’effondre et les wagons sont éparpillés à travers l’Europe.

Aujourd’hui, toutes les voitures ont été entièrement restaurées et décorées selon le style et les couleurs originelles de l’époque, et revivent depuis le 25 mai 1982. La compagnie de l’Orient-Express propose, de mars à novembre, plusieurs itinéraires aux paysages enchanteurs. Dix pays sont traversés avec des arrêts dans certaines des plus belles villes européennes : de Londres jusqu’à Istanbul, en reliant, au choix, Rome, Prague ou Vienne, en passant par Venise.

Une fois à bord, les passagers voyagent en cabine privée, simple ou double, avec un cabinet de toilette particulier, qui offre de l’eau chaude produite par de petits poêles. Un steward de cabine veille à leur confort. Trois voitures accueillent les voyageurs pour les repas, chacune dans un style propre. La 4141 fut décorée, en 1929, par René Lalique, dans le style Côte d’Azur, avec des panneaux de verre bleu illustrant des jeunes filles cueillant des grappes de raisin. La 4110, baptisée Etoile du Nord, offre au regard l’une des plus belles décorations de marqueterie au monde. La 4095, quant à elle, est devenue célèbre pour sa douce atmosphère orientale.

Des chefs français préparent les mets, à partir de produits frais, et les cartes des vins sont dignes des grandes caves. A la carte : feuilleté de foie gras sauce Périgourdine, accompagné d’un Pouilly Fumé, veau confit et rôti en viennoise de truffes, légumes du potager sauce vin jaune, accompagné d’un saint-Estèphe. Il est recommandé d’emporter des tenues chics car l’élégance est de mise. Après le dîner, les hôtes se retrouvent à la voiture-bar, la 3647, entièrement décorée par Gérard Gallet, dans le plus pur style Art Nouveau.

Au fil d’un voyage inoubliable, vous pourrez contempler les merveilleux paysages d’Europe en goûtant au charme d’un train d’exception.

Annik Bianchini

Dernière modification : 28/04/2010

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