XD Productions, l’animation en 3D sans limite

N° 12 – Mars 2008

Visite dans l’univers fascinant d’une société de productions en pleine expansion, qui a conçu des outils révolutionnaires pour fabriquer, en temps réel, de l’animation 3D de qualité et à faible coût. Une spécialité bien française, dont la créativité des intervenants est aussi illimitée que ses applications internationales.

« Avec quelques photons (des mini caméras haute définition standard) à trois sous, on fait mieux qu’un laser ». Ce pourrait être la devise d’XD Productions, dont le président, Jacques Peyrache, fait visiter l’atelier principal, à Paris. Une cinquantaine de personnes, concentrées sur les écrans de leurs ordinateurs, travaille à la réalisation des décors virtuels pour une émission du programme Rayons X consacrée au climat. Cette émission est notamment diffusée sur la chaîne de télévision culturelle, européenne et franco-allemande Arte, ainsi que sur le canal francophone TV5 dans le cadre du programme « Sciences, on tourne ! ». Ce dernier « intègre une foule d’astuces techniques avec le budget d’une émission classique, indique Jacques Peyrache. C’est pour nous l’épreuve de terrain qui permet de voir si une technologie est viable et comment l’améliorer ».

« La France a une compétence particulière dans le domaine des logiciels d’animation en 3D », explique Jacques Peyrache. « Elle bénéficie d’une longue tradition dans ce domaine et de bonnes structures de formation, puisqu’elle dispose de nombreuses écoles de réalisation en 3D ». C’est la raison pour laquelle les studios de cinéma américains emploient un très grand nombre de Français ! Cette « French touch » ne permet pas, cependant, de concurrencer les superproductions d’Outre-Atlantique bénéficiant d’énormes moyens financiers. XD Productions s’est donc positionnée sur d’autres secteurs : la production cinématographique, la publicité, et, surtout, le marché d’Internet ainsi que celui de la création télévisuelle. « Notre originalité, souligne Jacques Peyrache, c’est de savoir faire des dessins animés en 3D avec un budget dix fois moins importants, grâce à une automatisation maximale. Alors que les Américains produisent une à dix secondes d’animation par jour, nous en produisons dix minutes par jour ». Cette prouesse est le fruit de dix ans d’efforts de recherche et de développement qui ont notamment permis de concevoir des outils informatiques performants.

Au fond de l’atelier, Jacques Peyrache nous dévoile le clou de la présentation d’XD Productions, le Cyberdôme. Il s’agit d’une sorte de grande tente de 15 m de diamètre et 5,7 m de hauteur, équipée de huit caméras qui effectuent les mesures permettant aux huit ordinateurs, auxquels elles sont reliées, de transformer les images en 2D en images en 3D. Si l’outil est un brin encombrant, l’idée est simple : la reconstruction des images en 3D par la reproduction, à l’aide de l’informatique, des fonctions de l’œil et du cerveau.

Cette invention, véritable révolution technologique, permet de faire de l’animation en 3D en temps réel grâce au remplacement du marquage à infrarouge par le « cloning virtuel » : « On se base sur la silhouette de l’acteur pour interpréter le mouvement, explique Jacques Peyrache. On part de l’analyse d’images réelles pour aboutir à une géométrie tridimensionnelle et reproduire ainsi le mouvement de l’homme en 3D. Finalement, avoir peu d’argent rend plus inventif qu’en avoir trop ! »

Au début, XD Productions a réalisé des courts métrages pour les enfants : une série pour la chaîne de télévision Arte, intitulée Les Contes virtuels, avec un Pinocchio en 44 mn, puis un Merlin l’Enchanteur, en 90 mn, dont la version américaine est prête – avis aux distributeurs ! Des projets sont à l’étude : un Ali Baba avec chats et souris dans le désert ; un opéra spatial, Moses Quest ; Black Snowman, un film original, actuellement en préparation avec le célèbre dessinateur américain Phil Mendez.

Outre celui de Paris, des « cyberdômes » ont été installés à Angoulême, à La Rochelle et à l’Ile de la Réunion. La société de productions recherche des investisseurs pour créer d’autres studios qui exploiteront la « cloning machine » à Dubaï et à Los Angeles. Un partenariat international a déjà permis de coproduire Merlin L’Enchanteur, avec le plus grand studio de Shanghai, SFS Digital. D’autres contacts sont très avancés dans le cadre d’un projet associant la République de Corée.

Par ailleurs, XD Productions collabore avec dix partenaires européens et un canadien, ainsi que l’Institut de l’Image de l’Océan Indien de l’Ile de la Réunion et le laboratoire de recherche pédagogique L3I de La Rochelle, le programme de recherche Animakit, un concept qui ambitionne de devenir la première école virtuelle au monde. Conçu en réseau avec des spécialistes du télé-enseignement et des éditeurs de programmes scolaires, le professeur virtuel de « Télé-Tortue » est l’une des remarquables applications du principe de reconstruction en 3D. Sur l’un des ordinateurs de l’atelier parisien, les concepteurs sont en train de choisir la couleur de sa carapace…

Sylvie Thomas

Dernière modification : 28/04/2010

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